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08 décembre 2006

La plus petite Communauté au monde !

Créée, il y a un peu plus de 20 ans, la jeune Communauté germanophone est également la minorité la mieux protégée du monde. Petite histoire des habitants de langue allemande de notre petit Royaume.

Juste après la Première Guerre Mondiale, le Traité de Versailles de 1919 octroie à la Belgique, les cantons de Eupen et Saint-Vith. Neuf mairies de l’Empire allemand deviennent du jour au lendemain des communes de Belgique (Eupen, La Calamine, Lontzen, Raeren, Burg-Reuland, Amblève, Butgenbach, Büllingen et Saint-Vith). Il forment ce que l’on a longtemps appelés les «Cantons Rédimés» étendus sur 854 km².

Pendant près de 50 ans, l’adaptation ne fut pas simple pour les nouveaux Belges, la langue allemande n’eu droit de citer qu’à partir de 1962. L’allemand devient la troisième langue officielle du Royaume. Première étape vers la création d’une Communauté. Même si l’allemand est officialisé, son emploi est très réglementé. La tutelle linguistique sur reste du ressort du fédéral jusqu’aux années 80, les Cantons de l’Est sont sous statut linguistique « allemand » avec de grosses facilités pour les francophones. Le français est obligatoirement enseigné et l’administration doit pouvoir répondre aux usagés dans la langue de Goethe et de Molière. Ces facilités linguistiques ont permis aux Germanophones d’être parfaits bilingues. Encore maintenant, il est possible de s’exprimer et d’être compris en français à Eupen.

Deutschspachigen Gemeinschaft Belgiens

Pendant que les communes germanophones s’émancipent doucement, le reste du pays se fédéralise à grands pas. Les Communautés (compétences culturelles et linguistiques) sont crées en 1970, les Régions (compétences économiques et sociales) suivront dans les années 80. Mais ce n’est qu’en 1984 que la Communauté Germanophone (Deutschspachigen Gemeinschaft) voit le jour. La plus petite Communauté du pays, avec seulement 71.500 habitants (par comparaison, Bruxelles en compte plus d’1 million), est également la minorité la mieux protégée au monde. Un parlement de 25 députés élus directement siégeant à Eupen. Un sénateur sur les 71 que compte la Haute assemblée et un député européen, sans compter les députés à la Chambre des Représentants et au Parlement wallon. Les Germanophones sont le derniers arrivés mais restent néanmoins très attachés à la Monarchie. Ils ont choisi comme jour de fête de leur Communauté, celui de la Fête du Roi, le 15 novembre. Pour la Belgique, la RDG est le tremplin vers l’Allemagne, le Ministre-Président de la Communauté Germanophone entretient des relations privilégiées avec le Länder de Rhénanie du Nord-Westphalie et avec les autorités allemandes en général.

La Communauté germanophone possède sa propre institution audiovisuelle publique. La BRF (Belgischer RundFunk) produit principalement des émissions de radio sur toute l’étendue de la DG, elle émet aussi sur Liège et Bruxelles (ou via le câble dans le reste de la Wallonie). Pour la petite histoire la BRF est la première chaîne publique de Belgique à avoir diffusé de la publicité commerciale sur les ondes en 1984. La BRF-TV, créée fin des années nonante, propose des programmes hebdomadaires d’information en allemand ou des évènementielles tels les mariages princiers ou les retransmissions à caractère national. Les téléspectateurs se tournant, en d’autres temps, vers les diffuseurs allemands (ARD, ZDF, RTL-Television, SAT1, etc…) ou belges francophones (RTBF, RTL-TVi, etc…).

Au niveau politique, la Communauté germanophone reste en retrait. Lors des joutes communautaires ou institutionnelles, la RDG n’entre pas dans l’arène. Rarement demanderesse d’une Réforme des institutions, elle rêve néanmoins à plus d’autonomies dans les domaines de l’Emploi (taux de chômage le plus bas du Royaume, autour des 7%) et du Tourisme (son territoire comprend la Eifel et la réserve naturelle des Hautes-Fagnes). En cas d’une (hypothétique) scission du pays, les Germanophones ne souhaitent pas retourner en Allemagne, mais plutôt se rapprocher de leurs cousins Luxembourgeois…

Aujourd’hui, la Communauté Germanophone est dans un tournant de son identité. Libérée des contraintes linguistiques du Fédéral, les Eupenois voient leur avenir plus germanique. L’enseignement du français tend à disparaître, les indications deviennent unilingues un peu partout, mais la courtoisie reste de rigueur envers les francophones. Un front nationaliste naît peu à peu. Le parti PDB, Parti des Belges Germanophones, a fait son entrée au Gouvernement en 2004, mais on est bien loin des velléités indépendantistes flamandes… Pierre Bertinchamps, à Charleroi

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