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22.06.2007

Nouvelle grève aux "Echos"

medium_AG_Les_échos_21_juin_2007.jpgMises à jour 17:17 et 19:14 I "Une attaque à la hussarde sur un fragile outil de démocratie économique est-elle la meilleure façon de servir la cause de la liberté d'entreprise?" s'interroge Jacques Barraux, directeur de la rédaction des Echos, dans un long éditorial publié aujourd'hui sur le site internet du journal. Pour la troisième fois de son histoire et la deuxième en moins d'une semaine, les salariés du groupe éponyme se sont mis en grève afin de protester contre une vente à Bernard Arnault. Le quotidien économique ne paraîtra pas lundi, comme cela avait été le cas mercredi. Une pétition, signée par une centaine de personnalités, a été mise en ligne: "nous lecteurs du premier quotidien économique français, tenons à manifester notre profond attachement à l'indépendance de ce titre et de son équipe rédactionnelle", est-il indiqué. De nombreux politiques, dont Jean-Claude Juncker, premier ministre du Luxembourg, ou des chefs d'entreprise ont apposé leur paraphe afin d'affirmer leur attachement à "l'indépendance des Echos". Le groupe Pearson, propriétaire du journal depuis 1988, souhaite se désengager de la presse en France et doit faire face à une alléchante offre du patron de LVMH, à savoir une somme oscillant autour de 250 millions d'euros. Les Echos sont ainsi valorisés vingt-cinq fois leur résultat d'exploitation. L'annonce de l'ouverture de négociations exclusives entre le groupe Pearson et LVMH a provoqué la grève d'aujourd'hui - une conférence de presse était prévue à 15:30. "Les salariés des Echos constatent que l'interventionnisme du patron de LVMH - et plus encore celui de son entourage - a donné lieu dns le passé à plusieurs motions de défiance de la part des journalistes de la Tribune", est-il écrit dans l'édition du 21 juin. Les salariés du concurrent des Echos, détenu depuis 1993 par Bernard Arnault et toujours en perte, ont manifesté leur soutien au mouvement social, en apportant leur "soutien total" à la rédaction des Echos. Des conséquences sur l'emploi sont craintes par ceux-ci, redoutant une fusion des deux titres ou une vente de la Tribune. "Pearson a, lui, émis trois conditions dans le mandat de vente, à savoir des conditions de prix, sur l'emploi et une garantie d'indépendance. Il a, d'ailleurs, concédé que ce troisième point est le problème le plus délicat. Et cité l'exemple de The Economist où un conseil des sages indépendant nomme la direction de la rédaction. Mais, pour nous, il n'est pas sûr que cela assure l'indépendance du journal. Il est impératif que l'indépendance des Echos soit assurée à terme", déclare au Nouvel Observateur Vincent de Féligonde, président de la Société des Journalistes des Echos. "Proposée à un prix très attractif pour le vendeur, l'offre se heurte hélas de front à la stricte doctrine éditoriale du journal", résume Jacques Barraux. En fin d'après-midi, le site internet des Echos révèle que la banque d'affaires Lazard a été mandatée pour la vente de la Tribune. "Bernard Arnault serait prêt en outre à recapitaliser lourdement le quotidien, déficitaire, avant toute cession", est-il précisé. En début de soirée, il était annoncé que La Tribune sera également absente des kiosques lundi, afin de protester contre l'éventualité d'une vente par LVMH. "Les salariés de La Tribune réunis en assemblée générale apprennent avec stupeur que LVMH aurait mandaté la banque Lazard pour vendre le titre, au mépris de l'information des élus de l'entreprise. Alors que LVMH est en passe de racheter Les Echos, les salariés de La Tribune feront tout pour s'opposer à une vente à un investisseur dont le rôle serait de gérer l'extinction du concurrent des Echos. Le futur propriétaire des Echos se retrouve en situation de choisir son concurrent, ce qui serait une atteinte intolérable au droit de la concurrence et au pluralisme de la presse", est-il indiqué dans un communiqué publié sur le site internet du journal.

Photo: Emmanuel Parody