03 octobre 2007
EADS: des retards de livraison à la chute du titre, histoire d'un potentiel délit d'initié
"EADS considère que de telles fuites constituent une violation de la confidentialité des investigations en cours et du principe de présomption d'innocence", explique le groupe dans un communiqué publié à la suite de la révélation d'un important scandale financier concernant la société, ce matin par Le Figaro. Le quotidien s'est en effet procuré la "note préliminaire" d'un rapport de l'Association des marchés financiers (AMF) ayant pour trait un délit d'initié d'une importante ampleur ayant été commis entre mai 2005 et mars 2006.
"Le caractère concomitant et massif" des ventes d'actions effectués par les cadres et dirigeants d'EADS sont pointés du doigt. Au début de l'année 2005, l'insuffisante productivité des équipes chargées de l'alimentation électrique sur le chantier de l'A380 provoque l'arrêt de la chaîne de production pendant trois mois, puis des problèmes de câblage sont mis en lumière. Le 20 mai 2005, le planning de livraison est retardé de cinq à six mois, des problèmes évoqués lors d'un conseil d'administration d'EADS, selon Le Figaro. Le journal révlèle à l'époque des propos tenus par le directeur financier, selon lesquels la simple augmentation des coûts de R&D ferait perdre de 3 à 5 euros à la valeur. En juin 2005, l'Etat-major d'Airbus et d'EADS sont remaniés. Le 10 octobre 2005, un changement de méthode comptable est effectué afin d'atténuer les effets des retards de livraison sur le marché: les surcoûts de production de l'A380 sont ainsi répartis sur trois exercices, dont ceux de 2005 et 2006. En décembre 2005, à deux jours d'intervalle, EADS expose son business plan à l'Agence des participations de l'Etat, et Arnaud Lagardère fait part de son hésitation à céder une partie de ses titres. Le comité central d'Airbus est mis au parfum des retards de fabrication le 24 février 2006.
Mi-mars 2006, Bercy approuve les cessions de titres EADS par Lagardère et DaimlerChrysler, selon Le Figaro. Ces ventes sont effectuées à terme, à savoir qu'elles seront réalisées en 2007 pour bénéficier des nouvelles mesures fiscales, mais sur la base des cours de 2006. Entre le 8 et le 24 mars 2006, des dirigeants vendent des actions, un titre alors côté entre 31 et 35 euros. Le 13 juin 2006, EADS annonce une révision à la baisse de ses résultats, tandis que deux jours plus tard, Arnaud Lagardère affirme au Monde ne pas avoir été au courant des problèmes ayant entraîné des retards dans la production de l'A380 lorsqu'il a décidé de vendre une partie de la participation du groupe Lagardère. "J'ai le choix de passer pour quelqu'un de malhonnête ou d'incompétent, qui ne sait pas ce qui se passe dans ses usines. J'assume cette deuxième version", affirme-t-il alors.
Le groupe Lagardère se défend, ce soir, face à ces accusations: "Après la diffusion dans les médias d'un document provisoire de l'AMF, qui a donné lieu à des interprétations conduisant à des accusations infondées, le groupe Lagardère a décidé d'introduire toutes les procédures judiciaires nécessaires pour obtenir réparation des dommages qu'il subit", est-il annoncé dans un communiqué. Christine Lagarde rappelle par ailleurs que l'Etat, qui détient 15% dans EADS, n'a pas vendu ses parts à l'époque. Thierry Breton occupait alors son poste. Selon l'auteur de la note communiquée à l'ancien ministre de l'Economie en décembre 2005, le document indiquait "qu'EADS allait traverser une zone de turbulences et qu'en conséquence, il était opportun pour l'Etat de profiter de la valorisation du titre de l'époque qui n'intégrait que des nouvelles positives". La juge Xavière Siméoni, chargée d'une enquête depuis novembre 2006 après des plaintes émanant de petits actionnaires, pourrait trouver ici de nouveaux éléments dans le cadre de son investigation.
23:15 Publié dans Economie, Permanent, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : EADS, Lagardère, Airbus