09.01.2008

La croissance mondiale, l'inconnue de l'année

Un ralentissement de la croissance mondiale n'est pas à exclure selon le Fonds Monétaire International (FMI), qui tablait en octobre sur 4,8% pour l'année 2008 après 5,2% en 2007 et 5,4% en 2006. L'OCDE, l'Organisation de coopération et de développement économiques, indiquait pour sa part prévoir une croissance de 2,3% pour ses membres dans ses "perspectives semestrielles" rendues publiques début décembre, contre 2,7% annoncés en juillet. Le ralentissement le plus spectaculaire est annoncé aux Etats-Unis, où le rythme de croissance, en rythme annuel, passerait de 5% au troisième trimestre 2007 à 1,8% pour le premier trimestre de l'année 2008. La Banque Mondiale estime ce mercredi que le croissance mondiale s'élevera à 3,3% cette année. Elle indique que que le PIB mondial a progressé de 3,6% en 2007 et annonce un rebond de la croissance en 2009, à +3,6%. "Une décélération beaucoup plus marquée de l'activité aux États-Unis constitue un risque réel qui pourrait assombrir les perspectives à moyen terme des pays en développement", explique à l'AFP Uri Dadush, directeur du groupe d'étude sur les perspectives de développement. La BCE a quant à elle abaissé ses prévisions de croissance de 2,3% à 2% pour la zone euro.

L'ONU exorte la BCE à réduire dès maintenant ses taux d'intérêt

"C'est à la BCE de faire quelque chose et elle doit agir maintenant, sans attendre que tout le monde se rende compte que l'Europe ralentit", a indiqué Heiner Flassbeck, directeur de la division pour la mondialisation et les stratégies de développement à la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement. "L'économie américaine ayant de gros ennuis, les plus gros depuis 20 ans, il revient à l'Europe de stimuler l'économie plus qu'elle ne le fait actuellement", a-t-il expliqué, redoutant "qu'une fois de plus la BCE agisse trop tard et pas suffisamment". L'institution présidée par Jean-Claude Trichet devrait en effet jouer le statu quo en laissant son taux d'intérêt directeur à 4% à l'issue de sa réunion de demain. Selon la Banque Mondiale, la croissance dans la zone euro devrait s'élever à 2,1% en 2008, puis à 2,4% en 2009. Les pays doivent aussi faire face à des problèmes de compétitivité liés à l'euro fort; ainsi, en novembre, le déficit commercal français s'est creusé à 4,792 milliards d'euros.

Les subprimes comme objet d'inquiétude de l'année

"L'année 2008 concentrera l'essentiel du choc, avec le blocage du crédit bancaire, la remontée du coût du risque, l'accélération de la baisse des prix de l'immobilier aux Etats-Unis mais aussi au Royaume-Uni et en Espagne, la menace de faillites en chaîne d'entreprises ou de ménages (plus de 2 millions pour les seuls Etats-Unis). Avec à la clé un net recul de la croissance mondiale de 5,2 % autour de 3,5 %, une récession potentielle aux Etats-Unis, une croissance molle de l'ordre de 1,5 % en Europe et au Japon, un ralentissement des pays émergents" Nicolas Baverez, Le Monde, 8 janvier

Les répercussions de la crise financière sont amenés à se faire sentir au cours de l'année, si l'on en croît les différents économistes et institutions amenés ces jours-ci àprendre la parole. Les subprimes, ces prêts hypothécaires à risque dont la dilution dans l'économie mondiale par le biais de la titrisation (transformation des prêts en obligations) ont provoqué une crise de confiance dans la chaîne des refinancements interbancaires. La crise s'est propagée à la sphère financière mondiale, car les établissements prêteurs avaient transformé leurs créances en obligations vendues à des invetsisseurs du monde entier. Les conditions d'attribution des crédits devraient se renforcer, les subprimes ayant concerné la frange de la population américaine la plus endettée. L'économie américaine est la première concernée par cette crise. George W.Bush étudie un plan destiné à soutenir la croissance. Une diminution du niveau de retenue à la source et un allègement temporaire des impôts pour les classes moyenne sont envisagés. Ces annonces feraient suite aux précédentes mesures annoncées fin 2007 en faveur des populations touchées par la crise des subprimes.

Goldman Sachs estime par ailleurs que "les chiffres récents suggèrent que l'économie américaine est en train de tomber dans la récession". Selon la banque, la Fed devra "mettre de côté ses inquiétudes résiduelles sur l'inflation". Son principal taux directeur est actuellement fixé à 4,25%.


La Chine en ligne de mire

11,5% de croissance en 2007, d'importantes réserves en devises: l'économie chinoise semble afficher des chiffres insolents en plein ralentissement à l'échelle de la planète. Plusieurs données mettent cependant en péril une éventuelle accélration de cette croissance pour 2008. D'une part, la demande en provenance des Etats-Unis, qui représente 25% des exportations. "En soi, ce n'est pas un ralentissement local aux Etats-Unis pesant sur la demande de biens chinois qui inquiète, que les effets cumulatifs d'un ralentissement global", tempère au Monde un membre de la Mission économique à Pékin. L'inflation guette, ainsi que des incertitudes de la compétitivité de la Bourse dans un contexte de mondialisation, le nombre d'actions échangeables (le "flottant") étant extrêmement réduit. De plus, le système bancaire figure au premier rang des freins à l'expansion économique chinoise. Le niveau de bancarisation reste faible au regard de l'étendue du territoire. Enfin, la recherche est trop focalisée sur les hautes technologies. L'université se vante certes de former 600.000 ingénieurs par an, mais cela n'empêche pas la Chine de faire les frais d'un manque chronique "de dirigeants de talent et de chercheurs hautement qualifiés", selon l'OCDE.

16.12.2007

Les entreprises, premières victimes de la crise des subprimes

La BCE a annoncé le déclenchement de son opération destinée à fournir 10 mlliards de dollars aux banques de la zone euro. Cette procédure, incluse dans le cadre de la concertation avec quatre autres banques centrales, sera lancée lundi pour une durée de 28 jours. L'institution présidée par Jean-Claude Trichet espère ainsi calmer les tensions qui prévalent actuellement sur les marchés monétaires, suite à la crise des subprimes initiée fin août. L'effet est incertain: jeudi, une baisse généralisée a eu lieu sur les places boursières, indiquant que l'opération a été vécue comme une aggravation de la crise - une telle intervention des banquiers centraux n'avait pas eu lieu depuis le 11 septembre 2001. Selon les analystes interrogés par Les Echos, "l'ensemble de ces mesures contribue à améliorer les perspectives de moyen terme pour l'économie et les marchés mais d'autres actions devront sans doute être mises en oeuvre pour que les risques à court terme ne se matérialisent pas".

Les banques centrales souhaitent opérer la distinction entre la fourniture de liquidités (le problème majeur actuellement pour les banques) et la politique monétaire via les taux d'intérêt. Une baisse de ces derniers devrait être moins probable suite à cette opération. Selon la Banque de France, l'investissement pourrait faire les frais de la crise: en effet, près de 30% des banquiers annoncent un durcissement des conditions de prêt aux entreprises. Or, selon une enquête de l'Insee parue en octobre, 37% des industriels se heurtent à des capacités de production trop limitées, ce que les mesures envisagées par les banques ne vont pas faciliter. Selon Les Echos, au premier semestre, les entreprises ont pu financer seulement 53% de leurs investissement par l'autofinancement: il y a donc besoin d'accès au crédit.

13.12.2007

Les répercussions de la crise financière font plonger les places boursières

Douche froide à la Bourse de Paris. Le CAC 40 a clôturé en recul de 2,65%, une baisse jamais égalée depuis le 16 août dernier, en pleine déconvenue suite à l'apparition des dégâts causés par les subprimes. Les valeurs financières ont tiré l'indice à la baisse, tout comme les technologiques. Le Footsie-100 londonien cédait pour sa part 2,94%. Le Dow Jones et le Nasdaq ont pour leur part ouvert en baisse.

"La baisse des marchés actions mondiaux aujourd'hui souligne le fait que l'action des banques centrales mondiales ne pourra pas mettre fin au climat d'inquiétude et d'incertitude qui règne sur les marchés, et qui est la cause fondamentale de la réticence des institutions financières à se prêter de l'argent les unes aux autres", explique à l'AFP Derek Halpenny, économiste à la Bank of Tokyo-Mitsubishi. Une action concertée de cinq banquiers centraux a été engagée mardi afin d'apaiser les tensions en cours sur les marchés monétaires, sous forme d’un "term auction facility", un système d’enchères de liquidités impliquant toutes les banques centrales parties prenantes.

En parallèle, la BCE indique constater une hausse des risques pour la stabilité des marchés financiers. "En même temps, la hausse des leviers, dans le LBO notamment, augmente la probabilité d’un retournement dans le cycle de crédit, impliquant une augmentation des défauts de paiement. Les investisseurs non bancaires étaient clairement devenus dépendants des notations d’agences plutôt que de mener leurs propres vérifications. Quand la liquidité s’est évaporée pour les produits structurés complexes, les risques ont encore été aggravés", explique l'institution dirigée par Jean-Claude Trichet.

Le Fonds monétaire international est pour la première fois intervenu dans la crise ce jeudi en invitant les banques à faire peuve de davantage de transparence vis-à-vis de leur exposition aux subprimes. "Je veux souligner en particulier qu'une action rapide et volontaire pour régler les problèmes d'évaluation est déterminante pour faire avancer le règlement de cette crise", a indiqué le porte-parole Masood Ahmed. "Dans la mesure où les inquiétudes demeurent sur l'étendue de la détérioration du crédit, les opérations de liquidité des banques centrales, ne sont qu'une façon de régler les problèmes en cours sur les marchés financiers", a-t-il ajouté.

LIEN Les dommages collatéraux de la crise des subprimes en ligne de mire

04.12.2007

L'Europe inquiète face à la dégringolade du dollar

Peer Steinbrück, le ministre des finances allemand, prétendait jusqu'alors "adorer l'euro fort". Il a du se résoudre à faire volte-face, en admettant que "le taux de change du dollar et les prix du pétrole pourraient peser sur le développement économique". Louis Gallois, patron d'EADS, maison-mère d'Airbus, a pour sa part lancé un signal fort quant à de potentiels risques de délocalisation de la production en zone dollar. "Nous allons être obligés de faire fabriquer des pièces d’avion, des portes, des éléments de fuselage, des éléments d’aile, à l’extérieur de l’Europe", a-t-il indiqué, ajoutant hier soir que "tout le monde doit être conscient du fait qu'une partie de l'industrie aéronautique et spatiale européenne est menacée par l'évolution du dollar". Une nouvelle réunion du G7 ayant pour thème la parité euro-dollar serait le bienvenue pour l'ex-président de la SNCF: en effet, "il y a une crise profonde dans un certain nombre d'industries due uniquement au fait que les Américains mène une politique qui se traduit par une baisse sans fin du dollar".

Depuis 2002, le billet vert a glissé de plus de 40% par rapport à l'euro. Ces trois derniers mois, la baisse par rapport à la monnaie américaine est de 10%. A l'origine de cette dégringolade: les finances américaines. Le déficit courant des Etats-Unis s'élève à 5,5% du PIB, en dépit d'un redressement des exportations. Une consommation excessive et un manque d'épargne concourent à la chute du billet vert. Il apparaît aussi un doute quant à la politique que mèneront des pays tels que la Chine ou l'Arabie Saoudite, détentrices d'importantes réserves en dollar. De plus, la crise du crédit a précipité l'effondrement de la devise américaine. Auparavant considérées comme des valeurs refuges, les obligations d'Etat américaines sont moins prisées des banques centrales de pays émergents, qui préfèrent se rabattre sur les obligations d'entreprises. Des produits plus risqués mais plus rémunérateurs les attirent. 

Pour Avinash Persaud, professeur à la London School of Economics, "la chute du dollar ne s'interrompra que lorsque son cours sera assez bas pour provoquer un changement de politique monétaire en Europe". Il s'exprimait dans l'Agefi hebdo du 22 novembre. A un mois du neuvième anniversaire de l'euro, un défi majeur pour l'ensemble de la zone est à surmonter.

LIEN L'Europe ne souhaite pas supporter les conséquences de déséquilibres mondiaux

06.10.2007

Stiglitz réservé sur la décision de la BCE

Mise à jour 06/10 "La BCE reste focalisée sur les risques d'inflation. Or, des taux élevés contribuent à ralentir l'économie. Tant que la BCE maintiendra cette politique, elle ne pourra pas répondre aux problèmes de cette crise financière. D'autant qu'il n'y a pas de sérieuses tensions inflationnistes en Europe. La Fed a eu raison de baisser ses taux le 18 septembre. Mais cette mesure a un effet limité. La Réserve fédérale américaine a agi sur le coût de l'argent à court terme. A plus long terme, les taux d'intérêts (fixés par le marché) restent élevés. In fine, la Fed a surtout aidé les établissements de crédits hypothécaires pour éviter qu'ils ne fassent faillite. Ces derniers ont été à l'origine de la crise car ils avaient prêté démesurément en prenant des risques inconsidérés. Ce ne sont pas eux qu'il fallait soutenir. Il faudrait plutôt aider les ménages qui sont aujourd'hui menacés de perdre leur logement", estime dans un entretien accordé au Monde Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie 2001.

L'économiste réagit à la décision de la Banque centrale européenne de conserver son principal taux directeur, celui de refinancement, à 4%, contrairement à la décision de la Fed de baisser ces taux au début du mois. Jean-Claude Trichet fait valoir les risques inflationnistes dans la zone euro, l'inflation pouvant se définir comme une hausse durable du niveau général des prix. L'inflation par la monnaie correspond pour sa part au résultat d'une création monétaire excessive, ce qui amène à une hausse des prix. L'institution prévoit une installation de l'inflation à plus de 2% en 2008, avant une période de modération. L'ex-gouverneur de la Banque de France s'en est expliqué jeudi: "Nous sommes entrés dans une période où les effets défavorables des prix de l'énergie vont avoir un fort impact sur la progression annuelle des prix à la consommation", a-t-il indiqué.

Parallèlement à cette information, force est de constater que l'on assiste à une nouvelle flambée des matières premières. "Il n'y a nulle part problème de croissance. La demande est là, comme le prouve la hausse continue des cours du fret maritime qui transporte les produits de base. Enfin, les matières premières sont des produits d'investissement bien plus sûrs que d'autres", indique, toujours au Monde, Phlippe Chalmin, professeur à Paris-Dauphine. La décision de la Réserve fédérale américaine y contribue sans doute, l'assouplissement des conditions de crédit par cette banque centrale ayant été bien accueilli sur les marchés. Mais, comme le rappelle Joseph Stiglitz, "La dynamique de l'économie américaine est négative".

04.10.2007

La semaine de l'économie

·La Banque centrale européenne tient bon. L'institution a maintenu son principal taux directeur, celui de refinancement (la possibilité proposée à une banque d'obtenir des liquidités auprès d'une autre banque ou de la banque centrale) à 4%, après avoir reculé l'hypothèse d'une hausse début septembre suite à la crise financière. Certains experts attendaient ce statu quo, de peur d'un ralentissement de la croissance au sein de la zone euro. Mais ce n'est pas le seul chantier pour Jean-Claude Trichet, qui doit faire face à la fronde de certains gouvernements face à l'euro fort. "Je veux que la BCE reste indépendante et qu'elle accepte le débat. Ce qui me frappe souvent, c'est d'entendre les responsables de la BCE expliquer en quoi la situation a changé, en quoi elle est préoccupante, et ne rien faire", expliquait hier Didier Reynders, ministre belge des Finances. Il y a deux semaines, Nicolas Sarkozy avait enjoint la BCE de suivre les pas de la Fed, la réserve fédérale américaine: "Quand la Banque centrale américaine baisse ses taux, tout repart. Quand nous, nous ne baissons pas les nôtres, on s'enfonce. Il y a quand même un petit problème. Je dis à M. Trichet (...) regardez ce que font les autres, l'enfer ce n'est pas toujours les autres", avait-il alors indiqué.

·Soupçons de délit d'initié chez EADS. Forgeard, Enders, Lagardère: autant de noms qui sont revenus sur la scène de l'actualité après la publication d'éléments d'une "note préliminaire" de l'AMF, hier dans Le Figaro. En janvier 2005, l'action EADS s'établit à 21,56 euros à Paris. Le 11 mai 2005, l'A380 subit un premier report de livraison, suivi, en juin, d'un remaniement de l'exécutif de l'entreprise. En novembre 2005, les présidents de DaimlerChrysler et du groupe Lagardère font part de leur volonté de réduire leur participation dans EADS. Vente de titres de la part de dirigeants du groupe. En janvier 2006, l'action EADS vaut 30,69 euros. En mars 2006, certains dirigeants exercent leurs stock-options, à savoir des sommes versées par une entreprise à ses salariés sous forme d'épargne, et qui peuvent être investies en actions de l'entreprise. Entre le 8 et le 24 mars 2006, des ventes massives d'actions sont effectuées par certains dirigeants. Le 4 avril, DaimlerChrysler et Lagardère cèdent 7,5% de leurs parts dans EADS. Le 13 juin 2006, EADS fait part de reports de livraison de l'A380 et de résultats à la baisse. Le lendemain, le cours de Bourse chute de 26%. Il vaut alors 18,73 euros. Un troisième retard est annoncé en octobre 2006, puis, le 23 novembre, le parquet ouvre une information judiciaire pour dlit d'initié, suite à la plainte de petits actionnaires. Selon Le Figaro, l'Autorité des marchés financiers constate "quatre informations privilégiées identifiées par les enquêteurs" pour faire état du délit: les évolutions des programmes de l'A350 (modifié) et de l'A380, le projet de vente partielle des titres détenus par DaimlerChrysler et Lagardère, et les prévisions financières d'EADS pour la période courant de 2006 à 2008. Thierry Breton, alors ministre de l'Economie, sera entendu ce vendredi par une commission.

·Le pétrole toujours au plus haut. Selon le Département américain de l'Energie, sur les quatre dernières semaines, les Américains ont réduit leur consommation de produits pétroliers par rapport à l'an dernier. Les stocks de brut ont augmenté de 1,2 million de barils, pour se fixer à 321,8 millions. Les derniers chiffres sur le logement américain, la dépreciation continue du dollar, la révision à la baisse de chiffres sur la consommation de pétrole en juillet: tous ces facteurs auraient pu contribuer à une baisse du baril de pétrole brut au cours de la semaine écoulée, mais il n'en a rien été, le baril de light sweet crude s'accrochant à la barre des 80 dollars. Pour expliquer cette stabilité, certains analystes avancent la crainte de nouvelles tempêtes dans le golfe du Mexique, mais les chiffres démontrent aussi l'importance de la spéculation autour de la rareté de l'or noir.

02.10.2007

L'Europe ne souhaite pas supporter les conséquences de déséquilibres mondiaux

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"Je n'accepterai plus que l'on considère comme normal que l'Europe doive à ses dépens gérer les conséquences des déséquilibres globaux. L'Europe ne peut pas être la partie de l'économie mondiale qui doit supporter les conséquences des abstentions des autres", a indiqué hier Jean-Claude Trichet. Le président de la Banque centrale européenne (BCE) confirme la ligne défendue vendredi dernier par Joaquin Alunia, commissaire européen aux Affaires économiques. Il s'exprimait dans le Figaro: "Il est vrai que la perte de valeur du dollar nous préoccupe. Les économies de la zone euro ne sont pas responsables de la situation. Contrairement à celle des États-Unis et de la Chine, notre balance des transactions courantes est équilibrée. S'il est question de nous faire payer, à nous Européens, les conséquences de ces déséquilibres, on ne peut pas s'attendre à ce que nous restions passifs". Pour Jean-Claude Trichet, les Etats-Unis "devraient mettre en concordance leurs discours et leurs actions". Il fait ainsi référence aux récents propos d'Henry Paulson, secrétaire d'Etat américain au Trésor. Il avait indiqué d'un dollar fort serait dans l'intérêt des Etats-Unis.

Par ailleurs, comme l'atteste ce graphique publié hier par le quotidien économique belge L'Echo, la faiblesse du dollar participe à la flambée des cours du pétrole (ici, le Brent, côté à Londres). "Je suis de ceux qui pensent que la faiblesse du dollar explique la hausse du brut. Alors que les stocks de l'OCDE augmentent, que la demande est revue à la baisse, que la production de l'Opep augmente et que la saison des ouragans est relativement clémente, c'est le dollar qui semble bien être la principale explication", explique Anatol Feygin, responsable de la stratégie matières premières de Bank of America. La relation historique qui supposait un réinvestissement dans les marchés américains des "pétrodollars" s'étiole, le dollar étant de ce fait moins soutenu. Par exemple, le fonds public d'investissement du Qatar négocie actuellement le rachat du distributeur britannique Sainsbury. Une des conséquences heureuses de l'euro fort est malgré tout de freiner la hausse du prix des carburants à la pompe.

22.09.2007

L'euro fort en question

Débat. Réagissez à cet article par commentaire ou par courriel: face à l'euro fort, quelle attitude doit adopter la BCE? La monnaie unique a franchi hier le seuil de 1,40 dollar, à 1,4120 dollar pour un euro. La décision de la Fed d'abaisser d'un demi-point son principal taux directeur, mardi dernier, contribue à cette affaiblissement de la devise américaine.

"Quand la Banque centrale américaine baisse ses taux, tout repart. Quand nous, nous ne baissons pas les nôtres, on s'enfonce. Il y a quand même un petit problème. Je dis à M. Trichet (...) regardez ce que font les autres, l'enfer ce n'est pas toujours les autres", a estimé jeudi soir Nicolas Sarkozy. "L'euro n'est pas la seule cause des difficultés de notre commerce extérieur et de notre faible croissance. Cela étant dit, quand on essaye de relier le taux de change et les évolutions de parts de marché, ça marche assez bien. L'appréciation de l'euro nous a coûté des parts de marché et a pesé sur notre croissance", complétait en début de semaine Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévisions de l'OFCE.

Risque de délocalisation

"Le super-euro nous préoccupe. Il crée des problèmes aux exportations de toute l'Europe. Sans vouloir donner de leçons à personne, nous demandons à la BCE et à notre gouvernement de faire quelque chose pour défendre la croissance autant que la stabilité monétaire", a pour sa part indiqué Luca Cordero di Montezemolo, qui préside le patronat italien.

Les critiques ne manquent pas à l'égard de la BCE, qui n'a pas réduit son principal taux directeur. Les partisans d'un euro fort font cependant valoir leurs arguments, en premier lieu liés à la flambée des cours du pétrole. En effet, l'euro fort présente l'avantage de diminuer le coût réel des importations. Selon des chiffres rapportés par Les Echos, la facture énergétique de la France s'est allégée de 9% entre juillet 2006 et juillet 2007, tandis que l'euro s'appréciait de 10%. A noter que dans l'Hexagone, le pourcentage des exportations hors de la zone euro est passé de 46,7% en 2001 à 52,7% en 2004. On constate donc un amortissement du prix des matières premières importées.

De plus, les investissements en zone dollar sont rendus plus attractifs. Des inconvénients se font malgré tout sentir, parmi lesquels le risque d'un ralentissement des exportations dans la zone dollar et à l'intérieur de celles dont les monnaies sont sous-évaluées. L'industrie allemande a pris le parti, depuis plusieurs années, de jouer la carte de l'innovation et d'une politique puissante en matière de R&D afin de contre-carrer cet effet. Par ailleurs, l'euro fort peut avoir pour conséquence néfaste d'inciter aux délocalisations, les entreprises les moins compétitives souhaitant s'implanter dans des zones moins coûteuses.

Plusieurs facteurs contribuent à la baisse du dollar face à l'euro: des taux d'intérêt plus faibles, une poussée inflationniste, une fuite des capitaux, un déficit commercial, et une crise de confiance dans le pays. Les entreprises françaises gèrent les risques de change de façon différente en fonction du secteur dans lequel elles évoluent. À titre d'exemple, Vivendi réalise les deux tiers de son chiffre d'affaires en euros. LVMH, quant à elle, compte parmi ses principaux marchés les Etats-Unis (26%) et le Japon (13%).

LIEN Comment redresser le blason de l'euro ?

06.09.2007

Taux directeur inchangé à la BCE

C'est aujourd'hui que se réunit le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, qui doit statuer sur une éventuelle stabilité de son principal taux directeur, actuellement fixé à 4%. Ce taux de refinancement est le prix auquel les banques commerciales se refinancent auprès de la BCE. "La volatilité du marché monétaire de l'euro s'est accrue et la BCE surveille la situation attentivement. Si cela devait persister demain (ce jeudi 6 septembre), la BCE se tient prête à contribuer à un fonctionnement ordonné du marché monétaire de l'euro", a-t-elle précisé hier dans un communiqué. Cet appel au calme est intervenu alors que les marchés sont en ébuillition en attente des décisions de la BCE. Le taux de l'argent interbancaire a atteint dans la matinée d'hier 4,5%, soit 50 points de base au dessus du taux de refinancement. Il est redescendu à 4,15% après la publication du communiqué. "Les marchés sont encore trop tendus; en optant pour un statu quo la BCE limitera la casse", indique au Monde Nordine Naam, de Natixis. On assiste actuellement à un assèchement de la liquidité interbancaire, car les banques hésitent à se prêter entre elles de l'argent par manque de confiance. Le 2 août dernier, Jean-Claude Trichet s'était pourtant montré favorable à une hausse de 0,25 point pour lutter contre l'inflation; mais il avait laissé entendre le 27 août que l'organisme pourrait prendre son temps face à la crise financière. Une autre possiblité de la BCE serait d'abaisser le taux de la "facilité marginale de prêt", qui est actuellement de 5%. Ce guichet permet aux établissements de se prêter de l'argent, à un prix élevé, mais en permanence. 13:53 La Banque centrale européenne a décidé aujourd'hui de laisser son principal taux directeur, à savoir le taux de refinancement,  inchangé à 4%.

Les banques ne peuvent pas créer autant de monnaie qu'elle le souhaitent, car elles doivent être en mesure de répondre, à tout moment, à une demande de la clientèle qui souhaite retirer des fonds. Lorsqu'elles sont besoin de "monnaie banque centrale" pour satisfaire les besoins de la clientèle, les banques peuvent s'adresser à la banque centrale afin de "mobiliser" les créances qu'elles détiennent. La banque centrale crédite le compte que la banque y détient, en échange d'une créance. Une banque peut donc obtenir des liquidités de la part d'une autre banque ou de la banque centrale. En augmentant le coût du refinancement des banques, la banque centrale les oblige à réduire leurs activités de distribution de crédit, car elles doivent augmenter les taux de crédits à la clientèle (ou alors leurs profits diminueraient très rapidement, car les ressources qu'elles prêtent coûtent de plus en plus cher), ce qui freine les demandes de crédits. L'ensemble des banques se retrouvent quotidiennement sur le marché pour s'échanger leurs besoins.

LIEN Le rôle des banques centrales en question

02.09.2007

Le rôle des banques centrales en question

La crise financière a-t-elle sonné le glas de la fin de l'euphorie et de l'argent facile? Les "Quatre Glorieuses" évoquées sur les marchés, de mai 2003 à juillet 2007 (cf. L'Expansion de septembre) semblent avoir vécu, avec un possible reserrement des conditions d'octroi des crédits. Au début des années 2000, les banques centrales ont fortement abaissé leurs taux d'intérêt pour parer aux conséquences de l'explosion de la bulle internet. L'abondance de liquidités et du crédit a été le maître-mot de cette période. L'endettement des ménages a augmenté de manière significative aux Etats-Unis et en Europe depuis 2002, et celui des entreprises depuis 2005. Les rachats par endettement ont été servis par cette politique. A partir de 2004 pour la Fed et de 2005 pour la BCE, les banques centrales ont progressivement relevé leurs taux d'intérêt directeurs. Les banques reçoivent de l'argent en dépôt et s'en prêtent. Dans le cadre de l'Eurosystème, la BCE régule ce marché interbancaire en fixant un taux de référence, aussi appelé directeur, de 4% actuellement. Les banques qui ont besoin d'un peu plus d'argent que d'habitude peuvent, chaque mardi, emprunter auprès de la BCE à condition de déposer en garantie des titres (obligations d'Etat, effets de commerce...). Lorsque les circonstances l'exigent, comme en août dernier, la BCE peut procéder à une injection extraordinaire de liquidités. Le 9 août, puis les jours suivants, la BCE s'est substituée aux banques qui ne voulaient plus se prêter d'argent, de peur que l'une ou l'autre soit en faillite et ne puisse rembourser (dans les faits, les 95 milliards d'euros injectés le jeudi 9 août ont été des prêts qui ont été remboursés dès le lendemain).

Patrick Artus, directeur de la recherche de Natixis, est l'auteur d'un ouvrage consacré à la crise financière à paraître le 13 septembre aux éditions Perrin, Les Incendiaires. Les banques centrales dépassées par la globalisation. Challenges en propose cette semaine les bonnes feuilles. Il s'interroge sur le rôle des banques centrales dans le cadre d'un univers financier mondial. "Nous pensons que les banques centrales devraient aujourd'hui avoir un mandat plus large que la politique anti-inflationniste, qui est celui de protéger les agents économiques privés contre les risques financiers majeurs. Or elles n'ont pas joué ce rôle, puisque, de manière bien sûr variable d'un pays à l'autre, les banques centrales ont laissé se developper : un risque de crise immobilière (comme on l'a vu aux Etats-Unis dans la période récente); un risque de crise d'endettement (comme on l'a vu aux Etats-Unis au début des années 2000 pour la dette des entreprises, comme on le voit aujourd'hui au Royaume-Uni pour la dette des ménages); un risque de crise des changes (aux Etats-Unis, dans quelques pays émergents); un risque, à long terme, même d'éclatement de l'euro", écrit-il.

LIEN Quelle ampleur pour la crise des subprimes?

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