19 décembre 2007

Vers un gouvernement intérimaire en Belgique

505b4e26744440932373734d43155787.png

En proie à des inquiétudes concernant leur pouvoir d'achat, les Belges ne pouvaient rêver meilleur cadeau que celui d'un gouvernement, même intérimaire. Afin de respecter le résultat des élections législatives du 10 juin dernier, Yves Leterme, entre temps vice premier-ministre, pourrait prendre la relève de Guy Verhofstadt au 23 mars prochain. Le vote enregistré il y a six mois ne sera pas forcément respecté dans ce gouvernement de transition, les socialistes prenant part au jeu et Guy Verhofstadt ayant lui aussi perdu les élections.

"L'ensemble des contacts que le formateur a pris ces derniers jours a permis de débloquer la situation", a indiqué ce matin Guy Verhofstadt, jusqu'alors premier ministre en affaires courantes. La nouvelle équipe devra déclencher deux négociations, "une sur les réformes institutionelles et une autre qui concerne les réformes économiques, des mesures de cohésion sociale et de politique environnementale, afin de permettre la constitution d'un gouvernement définitif". Conformément aux pré-requis, le nouveau gouvernement devait bénéficier d'une majorité parlementaire aux deux-tiers. Cette coalition réunira 101 sièges sur les 150 que compte la Chambre des députés, mais elle s'avère pour la prmeière fois "asymétrique", à savoir que sa composition flamande n'est pas identique à l'aile francophone. Crédit photo: Le Soir

15 décembre 2007

Belgique: un parti francophone évoque un rattachement à la France !

d6f40719e982a3e69656a11fe09312fc.jpgDes membres du Mouvement Réformateur, partie prenante aux négociations dans le cadre d'un hypothétique gouvernement, auraient évoqué le principe d'une "Belgique française", selon un article publié ce matin dans Libération par Jean Quatremer, correspondant à Bruxelles. "Daniel Ducarme, ancien ministre et actuel député de la région de Bruxelles-capitale, propose, dans un discours prononcé samedi matin que Libération s’est procuré, que les francophones créent une «Belgique française», réunissant les régions de Bruxelles et de Wallonie, qui serait «associée» à la France !  Pour la première fois, un politicien francophone, membre du premier parti de Wallonie et de Bruxelles, suggère la partition de la Belgique, mais aussi son quasi-rattachement à l’Hexagone", explique le journaliste.

La crise politique s'enfonce de jour en jour au plat pays, sans gouvernement depuis 188 jours. "Le problème entre Flamands et Wallons n'a rien à voir avec la question du Kosovo, mais avec un sentiment différencié des progrès de l'un et de l'autre, de la situation financière de l'un et de l'autre. C'est une affaire sérieuse. La position de la France est que la Belgique, un grand pays voisin et ami, surmonte ses difficultés. Nous ne voulons en aucun cas interférer", a indiqué jeudi Nicolas Sarkozy lors du sommet européen de Lisbonne.

Nouvelles tensions

Cette information intervient dans un contexte de nouvelles tensions. Une commission du parlement flamand a obtenu de placer sous tutelle des écoles de la périphérie bruxelloise mais situées en Flandre - explications dans l'article consacré mercredi à Bruxelles-Hal-Vilvorde -. Ces établissements étaient gérés jusqu'alors par la Communauté française. Le motif invoqué serait que le niveau de ces écoles est inférieur à celui des écoles flamandes. D'autre part, les partis francophones peinent à se mettre d'accord pour participer au gouvernement interimaire actuellement en préparation.

LIEN Le fédéralisme comme premier pas vers un éclatement du royaume ?

12 décembre 2007

Des répercussions de la crise politique belge sur l'économie

"A plus court terme, pour les entreprises, il y a des lois et décrets qui devaient être modifiés et qui ne l'ont toujours pas été", expliquait vendredi dernier aux Echos Rudi Thomaes, administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique. Les conséquences de la crise politique sur l'économie belge apparaissent comme limitées, selon le représentant. C'est surtout la dégradation des finances publiques qui l'inquiète: "Ce qui me préoccupe le plus, c'est la dégradation des finances publiques. La Belgique a transmis en avril à l'Union un plan qui prévoit un excédent de 0,3% du PIB en 2007, de 0,5% en 2008 et 0,7% en 2009. Or cette année nous serons probablement en déficit et l'an prochain tout juste à l'équilibre. Certaines mesures d'économies n'ont pas été prises", indique-t-il.

L'optimisme n'est toutefois pas de mise. "Nous perdons du terrain à l'étranger et les investisseurs hésitent à venir en Belgique", a rappelé la Chambre de commerce et d'industrie de Bruxelles. L'image d'un pays instable se répand à l'étranger, suscitant la crainte des investisseurs. "Les régions, qui disposent déjà d'importantes prérogatives, fonctionnent normalement", signale aux Echos Etienne de Calatay, en charge de la recherche action à la banque Degroof. Le système de gestion des affaires courantes tel que conduit actuellement par Guy Verhofstadt permet de ne pas plonger le pays dans un cadre où il n'aurait plus de dirigeants.

"La vigilance est de mise, mais nous ne pouvons pas tomber dans une sorte d'hystérie collective en raison de prévisions qui seraient à la baisse", a expliqué dimanche Karel Van Eetvelt, administrateur délégué de l'Union des PME flamandes. "La croissance est ralentie, mais en général, nos entreprises font encore de bonnes affaires. Par ailleurs, la rentabilité est en augmentation, tout comme les emplois. Les difficultés dues aux mauvais payeurs sont également en recul. Un pessimisme exagéré n'est donc pas de mise", indique pour sa part l'Union des classes moyennes flamandes.

Le moral des consommateurs est à son plus bas niveau depuis 2001. Guy Quaden, gouverneur de la Banque nationale de Belgique, a conseillé à l'éventuel futur gouvernement de lancer une campagne d'image à destination de l'étranger. Par ailleurs, certaines entreprises prestataires de services pour l'Etat affirment être en mauvaise posture suite à des retards dans le paiement des factures. L'euro semble cependant avoir changé la donne: lors des dernières crises, les taux d'intérêt avaient augmenté et le franc belge avait glissé par rapport au mark. En parallèle, les courtiers ont commencé à émettre plusieurs avis négatifs sur les obligations d'Etat belges.

La Flandre, le pays où l'économie fait bon vivre

d6f40719e982a3e69656a11fe09312fc.jpgLes entreprises flamandes ont crée 2.400 emplois depuis 2000... en Wallonie. Les données fournies par l'Agence wallonne à l'exportation et aux investissements étrangers sont formels: les transferts interrégionaux ne se limitent pas aux simples opérations de redistributions. Le chiffre démontre la force de l'économie flamande dans un contexte de tensions. Le Nord travailleur paierait-il trop pour un Sud peu enclin à se retrousser les manches ? Le cliché est en passe d'être modifié avec une économie wallonne en voie de redressement.

Le taux de chômage suffit à prouver la pertinence de l'économie flamande face au reste de la Belgique: en s'élevant à 4%, il s'affiche comme étant le plus faible du Royaume, et permet à la région d'être parmi l'une des plus dynamiques d'Europe. 18% en Wallonie, 22% à Bruxelles: question emploi, la Flandre fait figure d'exception au plat pays. La tâche n'est pourtant pas aisée pour les entrepreneurs, comme l'expliquait le 28 novembre dernier à Libération Xavier Baeten, professeur à la Vlerick School, première école de commerce de la région: "Le coût du travail est ici parmi les plus élevés d’Europe et la flexibilité peu développée dans des entreprises souvent familiales, aux méthodes de gestion traditionnelles. C’est un défi de rester compétitif dans ces conditions". Pourtant, la Flandre compte deux fois plus de petits commerces et d'entreprises que la Wallonie. 35.000 nouvelles entreprises ont été crées au Nord en 2005 contre 14.000 au Sud.

Question richesse, un Flamand sur trois dispose d'une épargne de 50.000 euros, contre un sur cinq en Wallonie (GfK). Les dépenses se répartissent différement entre les deux populations: "les Wallons doivent consommer autour de 30 litres de vin par personne par an tandis que les Flamands sont à 20-22 litres", indiquait récemment au Soir Stefaan Wauters, acheteur en charge du vin chez Delhaize. Question alimentation, pas de clivage mais des nuances. "Les Wallons ont un style de vie plus bourguignon, similaire à celui des Français. Ils aiment rester à table, jouir de la nourriture sans trop se poser de questions. Les Flamands sont plus réfléchis. Ils pensent davantage en termes de besoins nutritionnels et font attention à ne pas trop manger de viande", explique l'organisme flamand pour la promotion des produits agricoles et de la mer. Les Wallons consomment 10% de poisson en moins que la moyenne nationale.

Cependant, que les Wallons ne se résignent pas: leur région abrite le Belge (Albert Frère), la province (le Brabant Wallon) et la commune les plus riches de Belgique !

LIEN L'économie au coeur de l'impasse politique belge

BHV, trois lettres qui empoisonnent la vie politique belge

"La scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde ne réclame pas plus que cinq minutes de courage politique", avait déclaré Yves Leterme. Le 7 novembre dernier, l'ex-formateur se devait pourtant d'être vigilant face à un événement qui risquerait d'aggraver encore plus la crise politique dans laquelle la Belgique est plongée. En ce mercredi après-midi, jour historique pour la Belgique: pour la première fois, les Flamands ont usé de leur supériorité numérique pour imposer une loi au Parlement, plus précisément en Commission de l'Intérieur à la Chambre des députés.

54 communes sont regroupées au sein de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV), à savoir les 19 communes de la région Bruxelles-Capitale et 35 du Brabant flamand. Cette circonscription électorale est la seule du pays à être à cheval sur deux régions, celle de Bruxelles et la Flandre. Sa création remonte à 1963 et part d'un constat simple: un important nombre de francophones vit dans ces 35 communes situées sur le territoire flamand. Il s'agissait alors de ne pas les séparer de Bruxelles, majoritairement francophone. Le recensement linguistique a été aboli et une frontière scelle les territoires de langue en Belgique. Cependant, pour permettre aux francophones de pouvoir toujours élire des représentants dans cette zone, un arrondissement bilingue a été crée.

Un électeur de Flandre peut voter pour un candidat basé à Bruxelles, et un électeur de Bruxelles peut voter pour un candidat de Flandre. Concernant la justice, chaque citoyen peut demander à être traité dans la langue de son choix. Ce principe est au coeur de la crise politique: dans les autres communes flamandes, les actes sont unilingues, rédigés exclusivement en néerlandais. De plus, six communes sont dotées d'un statut spécial relatif aux facilités linguistiques: Linkebeek, Crainhem, Drogenbos, Wemmel, Rhode-Saint-Genèse et Wezembeek-Oppem.

Le 7 novembre, tous les partis flamands, à l'exception de Groen! (les Verts) se sont exprimés en faveur de la scission de l'arrondissement. Une procédure en Conflit d’intérêt a cependant été lancée par le Parlement de la Communauté française: l’examen de la proposition de scission en séance plénière de la Chambre est dès lors suspendue pendant 60 jours. Les Belges n'ont pas encore fini d'entendre parler de BHV.

LIEN Et qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

"À l'instant où je vous parle, la Belgique a cessé d'exister"

 

Le 13 décembre 2006, la Belgique a cessé d'exister (ou presque). Le docu-fiction diffusé par la première chaîne du service public francophone a provoqué un électrochoc, mettant en lumière des divisions entre Flamands et Wallons dont l'une des issues serait la séparation. Personnalités interloquées, transports interrompus, manifestations spontanées et scènes de joies et de cris, rien n'a été oublié par l'équipe de l'ancienne émission (toujours diffusée en France) Strip-Tease pour faire croire au pire. Le journaliste en charge de la présentation du journal du soir dans son décor habituel, avec pour seule indication initiale: "ceci n'est peut-être pas une fiction". Un an plus tard, la RTBF s'apprête à revenir sur ce coup médiatique qui prend tout son sens au regard de la crise politique dans laquelle la Belgique est plongée depuis six mois.

"Cela a été une pièce très utile dans le débat. Ça a poussé à ce que les gens se positionnent clairement par rapport à la problématique. Ç’a été un choc", indique à La libre Belgique Frédéric Deborsu, journaliste à la RTBF. "Nous voulions anticiper les élections de juin 2007, dont nous savions qu'elles allaient être sujettes à des blocages. Comment traiter le sujet avec l'écriture Strip-Tease ? Nous avons voulu conserver notre regard décalé", explique au Monde 2 Philippe Dutilleul, auteur du programme. 400.000 télespectateurs, soit 29% de parts de marché, se sont laissés prendre au jeu, non sans inquiétude comme l'a prouvé la quantité d'appels reçu à la RTBF. "Le choix d'une émission de fiction a été fait par l'ensemble des responsables de l'information, de la télévision, des rédactions, dans le respect de la procédure interne de la RTBF: il n'était donc pas improvisé et je l'assume", déclarait au lendemain de la diffusion Jean-Paul Philippot, administrateur général de la Radio-télévision belge francophone.

La démarche des concepteurs était d'ouvrir le débat sur les potentiels débouchés des lignes de fracture entre Flamands et Wallons; la question d'introduire le thème par la fiction fait encore débat. Il est avant tout question de la signalétique adaptée, un bandeau avertissant qu'il s'agissait d'une fiction n'étant intervenu qu'après la première demi-heure de diffusion. Il apparaît aujourd'hui que le programme a eu le mérite de mettre en lumière un scenario qui, même s'il semble peu plausible dans l'immédiat, revient régulièrement sur le devant de la scène.

LIEN La RTBF fait éclater la Belgique

Yves Leterme, acteur incontournable de la crise politique belge

Samedi, l'ex-formateur Yves Leterme s'est exprimé dans divers médias flamands ainsi qu'à la chaîne de télévision RTL TVi. Lors de cette opération de communication, il s'en est violemment pris à la RTBF, le service public audiovisuel francophone. Il reproche à l'entité d'avoir fait de "la propagande" en faveur de Joëlle Milquet, leader des centristes francophones, qui avait récemment pointé du doigt le caractère "chaotique" des méthodes de l'homme politique. Il a comparé la RTBF à Radio mille collines, qui avait appelé à la violence lors du génocide rwandais en 1994. Ce dérapage a été vivement condamné au sein de la classe politique. "On  peut reprocher à des médias de refléter trop unilatéralement les positions de leur communauté, mais on ne peut faire la comparaison avec une station de radio qui prônait l'extermination", expliquait lundi au Monde Alain Destexhe, sénateur libéral francophone. "Yves Leterme a tout simplement commis une faute en validant l’idée qu’une radio-télé démocratique de service public inciterait au génocide. [...]Monsieur Leterme a la lecture sélective, la susceptibilité à sens unique et ne s’interroge guère depuis des mois pour comprendre ce qui, côté francophone, sans diabolisation, donne à penser qu’il ne serait pas le Premier ministre de tous les Belges", rappelait lundi dans Le Soir Béatrice Delvaux, rédactrice en chef.

Ce dérapage suit d'autres épisodes qui entretiennent la réputation peu enviable dont Yves Leterme jouit parmi les francophones. Il s'était demandé si ces derniers étaient dans "l'incapacité intellectuelle" de parler le néerlandais, et avait confondu l'hymne national belge, la Brabançonne, avec la Marseillaise lors de la fête nationale du 21 juillet dernier. Yves Leterme sait aussi faire parler de lui quant à son rôle dans la crise politique. Fort de ses 800.000 voix obtenues le 10 juin dernier, il souhaite imposer ses vues. Plus de régionalisation. " Ce n’est quand même pas génétiquement inscrit que la Wallonie doive rester une telle région retardataire en Europe ? Il y a des régions qui travaillent de façon fantastique, comme le Brabant wallon. Mais seule une plus grande responsabilisation fournira le combustible nécessaire pour une reprise de la Wallonie", a-t-il déjà indiqué.

Entre le Flandre et la Wallonie, "que reste-t-il en commun ? Le Roi, l'équipe de foot, certaines bières...", s'interrogeait Yves Leterme dans un entretien polémique accordé à Libération à l'été 2006. Né en 1960 en Flandre-Occidentale, il obtient en 1985 à Gand une licence en droit et sciences politiques. Il débute sa carrière comme auditeur à la Cour des comptes entre 1987 et 1989. Expert-administrateur auprès de l'Union européenne en 1992, il devient cinq ans plus tard député du Parti chrétien-démocrate flamand. Ministre-président de la région flamande en 2004, il démissionne de son poste au printemps dernier dans la perspective d'accéder au poste de Premier ministre. Six mois plus tard, Guy Verhofstadt occupe toujours le 16 rue de la Loi, en affaires courantes.

Belgique: le fédéralisme comme premier pas vers un éclatement du royaume ?

d6f40719e982a3e69656a11fe09312fc.jpgDe l'unité au fédéralisme. Le Congrès de Vienne crée en 1815 le royaume des Pays-Bas, qui comprend notamment les provinces belges catholiques, francophones et flamandes. Quinze ans plus tard, les provinces belges proclament leur indépendance. En 1831, Léopold de Saxe-Cobourg devient le premier roi des Belges. Le français est la seule langue reconnue par la Constitution. A compter de 1898, les lois sont votées, sanctionnées et promulguées en français et en néerlandais. La première université où le néerlandais est introduit est celle de Gand, en 1930. La frontière linguistique est tracée en 1932, attribuant une langue officielle à chaque division: le français, le néerlandais ou l'allemand. Le statut de Bruxelles est débattu en 1963.

Depuis un ensemble de réformes parues entre 1970 et 1993, la Belgique est devenue un Etat fédéral, ce qui lui permet d'attribuer des compétences à chaque région (la Wallonie, la Flandre et Bruxelles-Capitale). Un autre échelon a été crée, les Communautés (française, flamande et germanophone). Le royaume a suivi un fédéralisme par dissociation: les Communautés ont été crées en 1970 avec de larges pouvoirs social et culturel, puis dix ans plus tard les régions, notamment compétentes en matière économique. La loi constitutionnelle du 5 mai 1993 a amorcé un nouveau pas dans la dissension entre Flamands et Wallons, en reconnaissant le caractère fédéral de l'Etat. Un des enjeux de la crise institutionnelle actuelle est de savoir jusqu'où les prérogatives de l'Etat pourront être régionalisées, comme le prouve le désaccord autour de la question de la Sécurité sociale.

Gouvernement fédéral, gouvernement flamand, gouvernement de la Communauté française, gouvernement de la Communauté germanophone, gouvernement wallon, gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale: un tel niveau de complexité est-t'il encore pertinent ? La question est posée à l'heure où le fédéralisme présente le risque de se retourner contre ses auteurs, en présentant l'Etat fédéral comme une coquille vide.

01 décembre 2007

La crise politique belge s'aggrave avec la démission d'Yves Leterme

6f185b5f37e417e919e278e46858c07c.jpg16.00, mise à jour 20.00 Le Roi Albert II a accepté cet après-midi la démission d'Yves Leterme de son poste de formateur, aggravant de nouveau la crise politique à laquelle se prête la Belgique depuis 174 jours. "Le Roi a reçu en audience en début d’après-midi au Château du Belvédère Monsieur Yves Leterme, Formateur. Monsieur Leterme a demandé à être déchargé de sa mission. Le Roi a accepté cette demande", a indiqué le Palais. C'est la seconde fois que l'homme politique renonce à former un gouvernement, il avait déjà présenté sa démission le 23 août dernier, avant de revenir en scène le, 29 septembre.

Le chef de file du cartel CD&V/NVA avait posé trois questions aux négociateurs, mais un des partis, le CDH (centre démocrate humaniste, francophone) a posé d'autres interrogations, renvoyant la balle dans le camp du désormais ex-formateur. "Pourra-t-on parler de tout au sein de la Convention chargée de réformer l’Etat ? Les Régions pourront-elles accorder des incitants fiscaux aux entreprises ? Une réforme peut-elle être votée par une majorité des deux tiers classiques ?", telles étaient les questions posées. "Le pays et ses habitants ont besoin d'un gouvernement fort et énergique  mais je reste convaincu que cela n'est possible que moyennant la réalisation des  réformes nécessaires. Il n'a pas été possible de trouver des accords clairs entre tous les partis à la table des négociations sur le contenu de ces réformes". Il n'est "pas sérieux de continuer sans ces accords clairs", a-t-il expliqué.

Par ailleurs, un blocage au sein de son propre cartel, provoqué par la NVA (cinq élus), avait été relevé à la suite d'une note présentée le week-end dernier. Photo: Belga

LIEN Leterme saura-t-il mettre un terme à la crise politique belge ?

09 novembre 2007

Et qu’est-ce qu’on fait maintenant !?

d6f40719e982a3e69656a11fe09312fc.jpg150 jours après les élections, les partis flamands de la Commission de l’Intérieur de la Chambre ont voté la scission pure et simple de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Que va-t-il se passer ?

La presse internationale était en nombre, mercredi après-midi au Palais de la Nation, pour suivre les débats et surtout assister, à la Commission de l'Intérieur de la Chambre, au vote historique de la majorité numérique flamande sur la scission de BHV. Et les journalistes n’ont pas été déçus. Pourtant les partis francophones espéraient l’annulation de la réunion pour continuer à négocier un accord de gouvernement orange-bleue dans la sérénité.

Tous les partis flamands des plus démocratiques aux moins fréquentables, à l’exception de Groen ! (Les verts) ont voté la scission de l’arrondissement. Les membres francophones préférant quitter la Commission en signe de désaccord. Avec ou sans les Francophones, la supériorité numérique l’emportait. Et c’est une première, une Communauté qui dicte sa loi de part sa simple supériorité numéraire au Parlement fédéral. Ce vote, tout aussi symbolique qu’il puisse paraître, ne change pas grand chose à ce stade, cela veut simplement dire que la Commission envoie le dossier en séance plénière de la Chambre.

Pièce de théâtre amateur

Les réactions sont à l’image du vote, coté francophone, on parle de coup de canif dans le pacte fédéral belge, voire de trahison. Coté flamand, si la NV-A se félicite de l’avancée, certains du coté de l’Open-VLD sont plus embarrassés, et on parle de « vote surtout symbolique », ouvrant la porte constitutionnelle aux Francophones qui vont utiliser toutes les ficelles institutionnelles pour contrer la suite de ce vote à la Chambre. Les socialistes flamands parlent d’une mauvaise pièce de théâtre amateur, où le CD&V a fait une sorte de show puisque le parti des chrétiens-démocrates a toujours clamé que « pour régler le sort de BHV, cinq minutes de courage politique suffisent ! ». On est parti pour au moins 6 mois de blocage de ce dossier ! Enfin, pour le Bourgmestre de Lennik, commune flamande de l’arrondissement concerné, « le mouvement est lancé, il ne pourra pas être arrêté ».

Conflit d’intérêt

Le vote a pour première conséquence de suspendre les négociations de formation d’un Gouvernement, les partis francophones se demandant si Yves Leterme reste fréquentable, puisque son parti, a obtenu la Présidence de la Chambre et celle de la Commission de l’Intérieur. Le CD&V donne donc le ton des réunions de Commission.

Les francophones s’organisent. Après la réunion des Présidents, mercredi soir, la procédure en Conflit d’intérêt va être lancée par le Parlement de la Communauté française. Cette procédure peut être déclenchée par une assemblée parlementaire, si l’entité qu’elle représente se sent lésée par une législation. Pour que le PCF entame cette procédure, trois-quarts des parlementaires communautaires doivent en faire la demande. Dès cet instant, l’examen en séance plénière de la Chambre, de la proposition de scission sera suspendue pendant 60 jours. Cette procédure est distincte de la Sonnette d’Alarme, où la minorité linguistique au sein de la Chambre des Représentants qui se sent défavorisée, peut invoquer ce principe. Le texte de loi serait donc renvoyé devant le Gouvernement, actuellement en affaires courantes, qui devrait alors trouver une solution. La route est donc encore bien longue…

La presse internationale se déchaîne sur la Belgique, la Suisse va jusqu’à parler d’ « acte de guerre ». Même si les négociations traînent, et que le chemin est difficile, nous ne sommes pas non plus en Ex-Yougoslavie, la Belgique repose sur un compromis depuis 1830, et le vote de mercredi ne remet rien en question.

C’est maintenant au Palais Royal de reprendre les choses en main. Albert II vient de conforter Yves Leterme dans sa mission, mais lui coltine les Présidents de la Chambre et du Sénat, pour s’acquitter des questions communautaires. Des béquilles, en quelque sorte…

_______________________

Pierre Bertinchamps, à Charleroi

LIEN L'économie au coeur de l'impasse politique belge

Toutes les notes