07 février 2007

Nos aliments sont-ils vraiment pollués?

Certains produits dépassent la norme de pesticides autorisés, selon une enquête de la DGCCRF. Cette peur est donc en partie justifiée. Mais une autre inquiétude, liée à l’eau, s’invite dans le débat

Peut-on encore consommer des fruits et légumes sans s’inquiéter? La liste des 4479 contrôles réalisés en 2005 par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes tend à faire dire le contraire. Les résultats, révélés en février par le mensuel Capital, sont alarmants: 16,7% des ananas, 21,4% des raisins secs et 31,8% des céleris branche dépassent les seuils autorisés de pesticides. En moyenne, 6,7% des produits maraîchers contiennent des résidus de pesticides. «Pas étonnant, selon François Veillerette, porte-parole d’une association anti-pesticides. Depuis 1945, notre modèle agricole pousse à l’utilisation massive de produits phytosanitaires». De fortes disparités apparaissent cependant dans le cadre de cette moyenne (seuls 9,9% des haricots non écossés sont concernés, par exemple).

78300 tonnes de fongicides ont été répandues en 2005, ce qui fait de la France le premier consommateur européen de ce type de produits. Par ailleurs, 96% des rivières et 61% des nappes souterraines sont contaminées, selon l’Institut français de l’environnement. Les maladies sont principalement liées aux concentrations de nitrates, et concernent l’appareil digestif.

 

Les vrais risques d’une pollution de l’eau

La Direction générale de la santé montrait qu’en 2003, près de cinq millions de Français étaient alimentés par une eau douteuse. Les activités industrielles n’expliquent que partiellement l’origine du problème, qui touche notamment à la présence de produits toxiques au bout des tuyaux. La pollution des rivières, des nappes phréatiques et de l’eau potable provient principalement de la surconsommation de produits chimiques dans le cadre de pratiques agricoles – la France est le deuxième utilisateur mondial de pesticides.

Provenant à 60% des eaux souterraines et à 40% des eaux de surface, l’eau du robinet est considérée comme très surveillée, du moins officiellement, sur le plan sanitaire. En effet, elle ne doit pas présenter plus de 50 mg de nitrates par litre, et est surveillée «constamment» (Ministère de l’écologie). Les critères de contrôle peuvent être regroupés en différents groupes, parmi lesquels: les paramètres microbiologiques (bactéries et virus pathogènes sont exclus), les caractéristiques physico-chimiques acquises par l’eau lors de son parcours, et, enfin, les paramètres organoleptiques (couleur, goût…) même si ce dernier reste subjectif. Le chlore est utilisé dans le but de garantir une qualité bactériologique de l’eau dans le cadre de son transport jusqu’aux robinets. Mais son odeur rebute plus d’un consommateur, ainsi que le doute sur la teneur de l’eau en plomb. Selon le Ministère de l’écologie, elle en contient «peu» avec en moyenne cinq microgrammes par litre. Selon une étude de la Direction générale de la Santé, «9% de la population a été alimentée en 2003 par une eau du robinet non conforme vis-à-vis des pesticides». Douze départements ont seulement entre 40 et 80% de leur population qui reçoit une eau conforme aux normes en vigueur. «Ces trente dernières années, mes collègues ont balancé environ cinq kilos d’atrazine-simazine par hectare», s’alarme Jacques Maret, agriculteur biologique en Charente-Maritime. A long terme, ces substances pourraient avoir de graves conséquences, dont des cancers selon certains chercheurs. Cependant, les conséquences ne se mesurent que sur vingt ou trente ans.

LIEN La qualité de l'eau en question

26 juillet 2006

Dessaler l'eau pour alimenter Belle-Ile

Pour ne plus avoir à attendre un approvisionnement en eau douce à frais importants, la communauté de communes de Belle-Ile (Morbihan) prend les devants. Les trois retenues d’eau étaient au plus bas, lorsqu’il a été décidé, fin 2005, d’investir dans un module de dessalement. Les raisons de coût expliquent aussi ce choix: «Le prix était de 23€uros par mètre cube contre 4,3€uros pour l’eau issue du dessalement» indiquait récemment au Monde Christiane Illiaquer, directrice administrative de la communauté de communes.
Le procédé employé est relativement simple: une conduite relie l’océan à un réservoir où l’eau, avant d’être pompée vers un barrage en amont, rejoint l’eau de pluie qui assure habituellement l’alimentation des communes de Belle-Ile.
L’utilisation du dessalement est en progression constante sur le globe, avec 60 millions de personnes desservies par des usines de ce type. De nouveaux procédés pour récupérer l’énergie apparaissent actuellement, ce qui pourrait encore faire progresser le nombre d’équipements.

16 juillet 2006

La qualité de l'eau en question

medium_Eau_du_robinet.jpgL'EAU DU ROBINET EST SOUMISE A DE NOMBREUX CONTROLES, MAIS EPINGLEE PAR LA DIRECTION GENERALE DE LA SANTE
Cet article est repris sur Agoravox Par peur d’avaler nitrates et pesticides, les Français se convertissent massivement à l’eau en bouteilles, même si ce nombre a tendance à diminuer (Etude CI-Eau/TNS Sofres 2006), avec un point de plus au sujet des buveurs d’eau du robinet. Boire de l’eau, oui, mais laquelle choisir entre celle proposée en bouteille et celle abondant au robinet?
En 1790, est attribuée aux communes la responsabilité de la distribution de l’eau sur leur territoire, mettant en place la première disposition légale concernant l’eau. Les progrès de la microbiologie permettent l’élaboration d’un cadre légal plus strict. «Nous buvons 90% de maladies» rappelle Pasteur au XIXème siècle. En 1884, le tout-à-l’égout est rendu obligatoire à Paris, et, en 1900, un examen microscopique de l’analyse des eaux est rendu obligatoire. En 1902, une nouvelle loi sur l’hygiène de l’eau indique que les maires «sont tenus de déterminer les prescriptions relatives à l’alimentation en eau potable». Par la suite, en 1958, une ordonnance fait obligation a «quiconque offre au public de l’eau en vue de l’alimentation humaine […] de s’assurer que cette eau est propre à la consommation».
«Quand nous buvons de l’eau de source en bouteilles, il peut s’agir du même type d’eau que celle qui coule au robinet» indique Monique Chotard, directrice du Centre d’information sur l’eau, qui regroupe sept entreprises d’eau pour le réseau public (Le Parisien, 15 juillet). Si cette situation recouvre en fait quelques exceptions, c’est un argument phare pour les défenseurs de l’eau du robinet: cette dernière coûte cent fois moins cher que l’eau en bouteille.

ROBINET, CHLORE ET CONTROLES
Provenant à 60% des eaux souterraines et à 40% des eaux de surface, l’eau du robinet est considérée comme très surveillée, du moins officiellement, sur le plan sanitaire. En effet, elle ne doit pas présenter plus de 50 mg de nitrates par litre, et est surveillée «constamment» (Ministère de l’écologie). Les critères de contrôle peuvent être regroupés en différents groupes, parmi lesquels: les paramètres microbiologiques (bactéries et virus pathogènes sont exclus), les caractéristiques physico-chimiques acquises par l’eau lors de son parcours, et, enfin, les paramètres organoleptiques (couleur, goût…) même si ce dernier reste subjectif. Le chlore est utilisé dans le but medium_avant_premiere.jpgde garantir une qualité bactériologique de l’eau dans le cadre de son transport jusqu’aux robinets. Mais son odeur rebute plus d’un consommateur, ainsi que le doute sur la teneur de l’eau en plomb. Selon le Ministère de l’écologie, elle en contient «peu» avec en moyenne cinq microgrammes par litre. Cependant, selon une étude de la Direction générale de la Santé, «9% de la population a été alimentée en 2003 par une eau du robinet non conforme vis-à-vis des pesticides». Douze départements ont seulement entre «40 et 80%» de leur population qui reçoit une eau conforme aux normes en vigueur. Le rapport de septembre 2005 épingle aussi la teneur de l’eau du robinet en nitrates. «Des teneurs comprises entre 40 et 80 mg/l ont été constatées dans 5,6% des installations de production, remarque la Direction générale de la Santé. De telles teneurs en nitrates dénotent l’état d’une ressource fortement dégradée susceptible de devenir impropre à la consommation humaine». Des arguments en faveur des partisans de l’eau en bouteille, dont la consommation a été multlipliée par deux en vingt ans. La présence en fluor vient cependant contraster sa bonne réputation, car cet élément ne doit pas être consommé en grande quantité, alors que certaines entreprises n’hésitent pas à en inclure de manière importante.

LIEN L'eau, chère ressource à préserver

LIEN L'accès à l'eau salubre, inégalité mondiale

24 mai 2006

L'eau, chère ressource à préserver

Cet article est repris sur Agoravox L’eau, ressource indispensable à la vie. Sur un cours d’eau pollué, ou en bouteille, cette source fait toujours couler de l’encre. Aujourd’hui, des problèmes liés à sa gestion, à son accès et à son coût se posent. «Ce qui fait débat» fait le point sur l’or bleu.

L’Homme utilise de l'eau dans toutes ses activités – domestiques, agricoles, industrielles ou commerciales. L'eau est par exemple recueillie, puis canalisée vers les champs qu'elle permet d'irriguer; près de 70% de l'eau distribuée est consacrée aux cultures et à l'élevage. Dans l'industrie, mines, carrières, raffineries de pétrole ou aciéries utilisent toutes l'eau dans leurs processus d'extraction ou de fabrication; l'industrie consomme environ 23% de l'eau distribuée. La consommation d'eau pour un usage domestique représente enfin près de 8% des ressources totales en eau.
Mais la situation risque de se dégrader: aujourd'hui, plus de deux millions de personnes, sur Terre, manquent d'eau potable. En Chine, 40% des rivières analysées par l'Organisation mondiale de la santé ne répondent pas aux exigences minimales de qualité définies par l'OMS. Améliorer la qualité de l'eau demande de lourds investissements dont les pays les plus touchés ne peuvent assumer le coût; il faudrait plus de 180 milliards de dollars par an pour maintenir le taux actuel d'équipement en eau courante dans le monde. L'Union européenne a, en 2002, édicté une directive qui indique que "l'eau n'est pas un bien marchand comme les autres, mais un patrimoine qu'il faut protéger, défendre et traiter comme tel". Chaque année, mille milliards de mètres cubes d'eaux usées sont rejetées par les activités humaines. La pollution des eaux douces est un problème majeur dans le traitement de l'eau sur le globe.
La moyenne mondiale de consommation d'eau est de 600 mètres cubes par an et par habitant, soit 137 lires par jour. Cependant, ce chiffre est une moyenne: dans le monde, l'usage de l'eau est extrêment varié et les statistiques ont du mal à rendre compte d'une réalité très contrastée. Le problème avec l'eau, c'est qu'elle ne se renouvelle pas toujours au rythme où l'homme la salit. Dans les pays qui n'ont pas les moyens de l'assainir, elle est un vecteur de maladies.

L’inégal accès à l’eau salubre
Bien qu’elles soient réparties de manière inégale, les ressources en eau douce sont loin de manquer à l’échelle de notre planète. Pourtant, du fait de la mauvaise gestion, de moyens limités et des changements environnementaux, quasiment un habitant de la planète sur cinq n’a toujours pas accès à l’eau potable et 40% de la population mondiale ne disposent pas d’un service d’assainissement de base, indique le second Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau. Ce rapport, qui est publié tous les trois ans, représente l’évaluation des ressources en eau douce de la planète la plus complète à ce jour. en amont du 4e Forum mondial de l'eau (Mexico, 16 au 22 mars). Cette édition - intitulée « L’eau, une responsabilité partagée » - a mis l’accent sur l’importance des modalités de gouvernance dans la gestion des ressources mondiales en eau et dans la lutte contre la pauvreté. D’après le rapport, les systèmes de gouvernance «déterminent qui peut avoir quelle eau, quand et comment, et décident qui a droit à l’eau et aux services connexes». Ces systèmes ne reposent pas uniquement sur les gouvernements, mais aussi sur les autorités locales, le secteur privé et la société civile. Ils régissent en outre un large éventail de questions étroitement liées à celle de l’eau, et la préservation des écosystèmes dont dépendent nos ressources en eau. Le défi est de taille: les pays en développement doivent réaliser en quelques années ce que les pays riches ont mis plus de deux siècles à construire: un réseau d’eau salubre et potable raccordé et potable raccordé à l’assainissement. Les disparités ne font pourtant que s’amplifier: si la Chine et l’Inde sont en bonne voie pour l’accès à l’eau potable, leur puissance économique creuse l’écart avec la situation de l’Afrique. Par ailleurs, l’impuissance de la communauté internationale et des Etats concernés n’est pas liée au manque de ressources en eau.
L’eau n’a pas de substitut. La possibilité d’avoir accès à l’eau dépend notamment de caractères économiques. L’accessibilité dépend avant tout des prix pratiqués.

L’eau, chère… trop chère?
En 1996, le prix de l’eau était de 0,74 dollar par mètre cube à Conatry (Guinée) et de 0,22 à Buenos Aires, alors que le revenu moyen à Conatry était de plus de six fois inférieur à celui de Buenos Aires. En France, certes, la situation est différente en termes économiques, mais un nombre croissant de voix s’élève pour dénoncer certaines pratiques.
Des dizaines de maires, répartis dans tout l’Hexagone, veulent faire baisser les tarifs de l’eau du robinet. Les associations de consommateurs dénoncent les abus de fournisseurs privés, et les élus veulent faire bouger les choses. Ainsi, le maire de Neufchâteau (Vosges) a rompu en 2001 le contrat qu’il avait lié en 1992 pour trente ans avec la Générale des Eaux, à la suite d’un audit qui lui a révélé que les tarifs avaient été surévalués de 26%. Il faut par ailleurs ajouter que le coût de l’eau est aujourd’hui au cœur des préoccupations des ménages… et des Hommes politiques dans le cadre de leur campagne électorale.
Selon une étude de l’association de consommateurs UFC-Que Choisir, «les prix pratiqués dans les grandes associations sont parfaitement abusifs». Les sociétés chargées de l’approvisionnement en eau démentent ces chiffres et avancent les coûts engendrés par la mise aux normes anti-plomb et le retraitement des eaux usées. Pour tenter de faire baisser le prix de l’eau, l’arme ultime des maires consiste à reprendre eux-mêmes la gestion de l’or bleu en régie propre. Ainsi, 56% des maires du département des Landes ont choisi ce système, à la suite d’une ét-ude montrant que le prix de l’eau était moins élevé en régie propre.
Selon l’étude 2006 «CI-Eau (association)/TNS Sofres», 58% des Français se disent «incapables» d’avancer un chiffre pour le prix moyen du mètre cube en €uros; et le prix donné par les personnes ayant répondu au sondage est supérieur à celui de l’Insee: 4,1€, tandis que celui de l’institut national, prix moyen, se situait à 2,6€ en janvier 2006.Par ailleurs, 60% des Français qui paient l’eau dans leurs charges ne savent pas combien elle leur coûte par an. A noter que 59% des Français, toujours selon ce baromètre, jugent l’eau potable «plutôt chère», contre 31% qui la trouvent «bon marché». Le terrain de la qualité est aussi à prendre en compte. 54% des Français se déclarent, selon cette étude, «prêts à payer l’eau plus chère pour en préserver la qualité». Par ailleurs, «neuf Français sur dix s’attendent à de nouvelles hausses [du prix de l’eau], du fait de la raréfaction des ressources».
Quant au «droit humain à l’eau», mis en lumière par le Forum mondial de l’eau, il est toujours en suspens…