04.12.2007

L'Europe inquiète face à la dégringolade du dollar

Peer Steinbrück, le ministre des finances allemand, prétendait jusqu'alors "adorer l'euro fort". Il a du se résoudre à faire volte-face, en admettant que "le taux de change du dollar et les prix du pétrole pourraient peser sur le développement économique". Louis Gallois, patron d'EADS, maison-mère d'Airbus, a pour sa part lancé un signal fort quant à de potentiels risques de délocalisation de la production en zone dollar. "Nous allons être obligés de faire fabriquer des pièces d’avion, des portes, des éléments de fuselage, des éléments d’aile, à l’extérieur de l’Europe", a-t-il indiqué, ajoutant hier soir que "tout le monde doit être conscient du fait qu'une partie de l'industrie aéronautique et spatiale européenne est menacée par l'évolution du dollar". Une nouvelle réunion du G7 ayant pour thème la parité euro-dollar serait le bienvenue pour l'ex-président de la SNCF: en effet, "il y a une crise profonde dans un certain nombre d'industries due uniquement au fait que les Américains mène une politique qui se traduit par une baisse sans fin du dollar".

Depuis 2002, le billet vert a glissé de plus de 40% par rapport à l'euro. Ces trois derniers mois, la baisse par rapport à la monnaie américaine est de 10%. A l'origine de cette dégringolade: les finances américaines. Le déficit courant des Etats-Unis s'élève à 5,5% du PIB, en dépit d'un redressement des exportations. Une consommation excessive et un manque d'épargne concourent à la chute du billet vert. Il apparaît aussi un doute quant à la politique que mèneront des pays tels que la Chine ou l'Arabie Saoudite, détentrices d'importantes réserves en dollar. De plus, la crise du crédit a précipité l'effondrement de la devise américaine. Auparavant considérées comme des valeurs refuges, les obligations d'Etat américaines sont moins prisées des banques centrales de pays émergents, qui préfèrent se rabattre sur les obligations d'entreprises. Des produits plus risqués mais plus rémunérateurs les attirent. 

Pour Avinash Persaud, professeur à la London School of Economics, "la chute du dollar ne s'interrompra que lorsque son cours sera assez bas pour provoquer un changement de politique monétaire en Europe". Il s'exprimait dans l'Agefi hebdo du 22 novembre. A un mois du neuvième anniversaire de l'euro, un défi majeur pour l'ensemble de la zone est à surmonter.

LIEN L'Europe ne souhaite pas supporter les conséquences de déséquilibres mondiaux

06.10.2007

Stiglitz réservé sur la décision de la BCE

Mise à jour 06/10 "La BCE reste focalisée sur les risques d'inflation. Or, des taux élevés contribuent à ralentir l'économie. Tant que la BCE maintiendra cette politique, elle ne pourra pas répondre aux problèmes de cette crise financière. D'autant qu'il n'y a pas de sérieuses tensions inflationnistes en Europe. La Fed a eu raison de baisser ses taux le 18 septembre. Mais cette mesure a un effet limité. La Réserve fédérale américaine a agi sur le coût de l'argent à court terme. A plus long terme, les taux d'intérêts (fixés par le marché) restent élevés. In fine, la Fed a surtout aidé les établissements de crédits hypothécaires pour éviter qu'ils ne fassent faillite. Ces derniers ont été à l'origine de la crise car ils avaient prêté démesurément en prenant des risques inconsidérés. Ce ne sont pas eux qu'il fallait soutenir. Il faudrait plutôt aider les ménages qui sont aujourd'hui menacés de perdre leur logement", estime dans un entretien accordé au Monde Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie 2001.

L'économiste réagit à la décision de la Banque centrale européenne de conserver son principal taux directeur, celui de refinancement, à 4%, contrairement à la décision de la Fed de baisser ces taux au début du mois. Jean-Claude Trichet fait valoir les risques inflationnistes dans la zone euro, l'inflation pouvant se définir comme une hausse durable du niveau général des prix. L'inflation par la monnaie correspond pour sa part au résultat d'une création monétaire excessive, ce qui amène à une hausse des prix. L'institution prévoit une installation de l'inflation à plus de 2% en 2008, avant une période de modération. L'ex-gouverneur de la Banque de France s'en est expliqué jeudi: "Nous sommes entrés dans une période où les effets défavorables des prix de l'énergie vont avoir un fort impact sur la progression annuelle des prix à la consommation", a-t-il indiqué.

Parallèlement à cette information, force est de constater que l'on assiste à une nouvelle flambée des matières premières. "Il n'y a nulle part problème de croissance. La demande est là, comme le prouve la hausse continue des cours du fret maritime qui transporte les produits de base. Enfin, les matières premières sont des produits d'investissement bien plus sûrs que d'autres", indique, toujours au Monde, Phlippe Chalmin, professeur à Paris-Dauphine. La décision de la Réserve fédérale américaine y contribue sans doute, l'assouplissement des conditions de crédit par cette banque centrale ayant été bien accueilli sur les marchés. Mais, comme le rappelle Joseph Stiglitz, "La dynamique de l'économie américaine est négative".

04.10.2007

La semaine de l'économie

·La Banque centrale européenne tient bon. L'institution a maintenu son principal taux directeur, celui de refinancement (la possibilité proposée à une banque d'obtenir des liquidités auprès d'une autre banque ou de la banque centrale) à 4%, après avoir reculé l'hypothèse d'une hausse début septembre suite à la crise financière. Certains experts attendaient ce statu quo, de peur d'un ralentissement de la croissance au sein de la zone euro. Mais ce n'est pas le seul chantier pour Jean-Claude Trichet, qui doit faire face à la fronde de certains gouvernements face à l'euro fort. "Je veux que la BCE reste indépendante et qu'elle accepte le débat. Ce qui me frappe souvent, c'est d'entendre les responsables de la BCE expliquer en quoi la situation a changé, en quoi elle est préoccupante, et ne rien faire", expliquait hier Didier Reynders, ministre belge des Finances. Il y a deux semaines, Nicolas Sarkozy avait enjoint la BCE de suivre les pas de la Fed, la réserve fédérale américaine: "Quand la Banque centrale américaine baisse ses taux, tout repart. Quand nous, nous ne baissons pas les nôtres, on s'enfonce. Il y a quand même un petit problème. Je dis à M. Trichet (...) regardez ce que font les autres, l'enfer ce n'est pas toujours les autres", avait-il alors indiqué.

·Soupçons de délit d'initié chez EADS. Forgeard, Enders, Lagardère: autant de noms qui sont revenus sur la scène de l'actualité après la publication d'éléments d'une "note préliminaire" de l'AMF, hier dans Le Figaro. En janvier 2005, l'action EADS s'établit à 21,56 euros à Paris. Le 11 mai 2005, l'A380 subit un premier report de livraison, suivi, en juin, d'un remaniement de l'exécutif de l'entreprise. En novembre 2005, les présidents de DaimlerChrysler et du groupe Lagardère font part de leur volonté de réduire leur participation dans EADS. Vente de titres de la part de dirigeants du groupe. En janvier 2006, l'action EADS vaut 30,69 euros. En mars 2006, certains dirigeants exercent leurs stock-options, à savoir des sommes versées par une entreprise à ses salariés sous forme d'épargne, et qui peuvent être investies en actions de l'entreprise. Entre le 8 et le 24 mars 2006, des ventes massives d'actions sont effectuées par certains dirigeants. Le 4 avril, DaimlerChrysler et Lagardère cèdent 7,5% de leurs parts dans EADS. Le 13 juin 2006, EADS fait part de reports de livraison de l'A380 et de résultats à la baisse. Le lendemain, le cours de Bourse chute de 26%. Il vaut alors 18,73 euros. Un troisième retard est annoncé en octobre 2006, puis, le 23 novembre, le parquet ouvre une information judiciaire pour dlit d'initié, suite à la plainte de petits actionnaires. Selon Le Figaro, l'Autorité des marchés financiers constate "quatre informations privilégiées identifiées par les enquêteurs" pour faire état du délit: les évolutions des programmes de l'A350 (modifié) et de l'A380, le projet de vente partielle des titres détenus par DaimlerChrysler et Lagardère, et les prévisions financières d'EADS pour la période courant de 2006 à 2008. Thierry Breton, alors ministre de l'Economie, sera entendu ce vendredi par une commission.

·Le pétrole toujours au plus haut. Selon le Département américain de l'Energie, sur les quatre dernières semaines, les Américains ont réduit leur consommation de produits pétroliers par rapport à l'an dernier. Les stocks de brut ont augmenté de 1,2 million de barils, pour se fixer à 321,8 millions. Les derniers chiffres sur le logement américain, la dépreciation continue du dollar, la révision à la baisse de chiffres sur la consommation de pétrole en juillet: tous ces facteurs auraient pu contribuer à une baisse du baril de pétrole brut au cours de la semaine écoulée, mais il n'en a rien été, le baril de light sweet crude s'accrochant à la barre des 80 dollars. Pour expliquer cette stabilité, certains analystes avancent la crainte de nouvelles tempêtes dans le golfe du Mexique, mais les chiffres démontrent aussi l'importance de la spéculation autour de la rareté de l'or noir.

02.10.2007

L'Europe ne souhaite pas supporter les conséquences de déséquilibres mondiaux

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"Je n'accepterai plus que l'on considère comme normal que l'Europe doive à ses dépens gérer les conséquences des déséquilibres globaux. L'Europe ne peut pas être la partie de l'économie mondiale qui doit supporter les conséquences des abstentions des autres", a indiqué hier Jean-Claude Trichet. Le président de la Banque centrale européenne (BCE) confirme la ligne défendue vendredi dernier par Joaquin Alunia, commissaire européen aux Affaires économiques. Il s'exprimait dans le Figaro: "Il est vrai que la perte de valeur du dollar nous préoccupe. Les économies de la zone euro ne sont pas responsables de la situation. Contrairement à celle des États-Unis et de la Chine, notre balance des transactions courantes est équilibrée. S'il est question de nous faire payer, à nous Européens, les conséquences de ces déséquilibres, on ne peut pas s'attendre à ce que nous restions passifs". Pour Jean-Claude Trichet, les Etats-Unis "devraient mettre en concordance leurs discours et leurs actions". Il fait ainsi référence aux récents propos d'Henry Paulson, secrétaire d'Etat américain au Trésor. Il avait indiqué d'un dollar fort serait dans l'intérêt des Etats-Unis.

Par ailleurs, comme l'atteste ce graphique publié hier par le quotidien économique belge L'Echo, la faiblesse du dollar participe à la flambée des cours du pétrole (ici, le Brent, côté à Londres). "Je suis de ceux qui pensent que la faiblesse du dollar explique la hausse du brut. Alors que les stocks de l'OCDE augmentent, que la demande est revue à la baisse, que la production de l'Opep augmente et que la saison des ouragans est relativement clémente, c'est le dollar qui semble bien être la principale explication", explique Anatol Feygin, responsable de la stratégie matières premières de Bank of America. La relation historique qui supposait un réinvestissement dans les marchés américains des "pétrodollars" s'étiole, le dollar étant de ce fait moins soutenu. Par exemple, le fonds public d'investissement du Qatar négocie actuellement le rachat du distributeur britannique Sainsbury. Une des conséquences heureuses de l'euro fort est malgré tout de freiner la hausse du prix des carburants à la pompe.

28.09.2007

L'inquiétude française monte face à l'euro fort

"Nous avons toujours insisté ces quatre dernières années sur les risques que faisait peser un excès de volatilité des monnaies. Il est vrai que la perte de valeur du dollar nous préoccupe. Les économies de la zone euro ne sont pas responsables de la situation. Contrairement à celle des États-Unis et de la Chine, notre balance des transactions courantes est équilibrée. S'il est question de nous faire payer, à nous Européens, les conséquences de ces déséquilibres, on ne peut pas s'attendre à ce que nous restions passifs": dans un entretien accordé au Figaro, Joaquin Alunia, commissaire européen aux Affaires économiques, analyse la situation actuelle. En effet, depuis janvier, l'euro s'est apprécié de plus de 10% par rapport au dollar. Il indique que l'Eurogroupe doit adopter un message unique et cohérent en direction d'économies telles que les Etats-Unis et la Chine, faisant référence aux Allemands, qui ne se sentent pas concernés par l'euro fort. L'Allemagne a développé une politique axée sur la R&D et la mise au point de produits innovants afin d'être moins tributaire des désordres monétaires.

Joaquin Almunia, même s'il insiste sur le fait que l'économie européenne n'a pas à faire les frais des politiques monétaires américaines et chinoises, et qu'il rappelle que la hausse de l'euro témoigne de la confiance des investisseurs européens et permet de se protéger de la hausse rapide des cours du pétrole, ne dédouane pas la France. Nicolas Sarkozy s'était exprimé la semaine dernière en faveur d'une intervention de la BCE, mais, selon le commissaire, cela n'empêche pas la France de faire des efforts. "Il existe des raisons en France d'être préoccupé par la hausse de l'euro, mais il ne faut pas oublier non plus les autres facteurs qui expliquent les déséquilibres de la balance commerciale française. Ainsi, les secteurs de spécialisation de vos entreprises ne correspondent pas forcément à l'évolution de la demande mondiale", juge-t-il.

Concernant les finances hexagonales, Joacquin Alunia "ne voit pas pourquoi" il devrait douter de la volonté du gouvernement de parvenir à l'équilibre budgétaire en 2010. Par ailleurs, déficit public ne doit pas excéder 3% du PIB. Selon les analystes du gouvernement, une hausse de 10% de l'euro ampute la croissance de 0,2 à 0,4 point de PIB. Nous exportons plus de biens de consommation que nos voisins qui s'en tirent mieux, ce qui fait que les importateurs peuvent plus facilement se tourner vers d'autres fournisseurs. Malgré les difficultés, Bercy table sur une hausse de 4,75% des investissements des entreprises en 2008 et de 5,75% des exportations, comptant sur les effets du "paquet fiscal" pour atteindre ses objectifs. Mais équilibrer les finances publiques en 2010 ne sera pas chose facile, l'OFCE tablant sur un creusement du déficit public à 3% du PIB pour l'an prochain.

LIEN L'euro fort en question

22.09.2007

L'euro fort en question

Débat. Réagissez à cet article par commentaire ou par courriel: face à l'euro fort, quelle attitude doit adopter la BCE? La monnaie unique a franchi hier le seuil de 1,40 dollar, à 1,4120 dollar pour un euro. La décision de la Fed d'abaisser d'un demi-point son principal taux directeur, mardi dernier, contribue à cette affaiblissement de la devise américaine.

"Quand la Banque centrale américaine baisse ses taux, tout repart. Quand nous, nous ne baissons pas les nôtres, on s'enfonce. Il y a quand même un petit problème. Je dis à M. Trichet (...) regardez ce que font les autres, l'enfer ce n'est pas toujours les autres", a estimé jeudi soir Nicolas Sarkozy. "L'euro n'est pas la seule cause des difficultés de notre commerce extérieur et de notre faible croissance. Cela étant dit, quand on essaye de relier le taux de change et les évolutions de parts de marché, ça marche assez bien. L'appréciation de l'euro nous a coûté des parts de marché et a pesé sur notre croissance", complétait en début de semaine Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévisions de l'OFCE.

Risque de délocalisation

"Le super-euro nous préoccupe. Il crée des problèmes aux exportations de toute l'Europe. Sans vouloir donner de leçons à personne, nous demandons à la BCE et à notre gouvernement de faire quelque chose pour défendre la croissance autant que la stabilité monétaire", a pour sa part indiqué Luca Cordero di Montezemolo, qui préside le patronat italien.

Les critiques ne manquent pas à l'égard de la BCE, qui n'a pas réduit son principal taux directeur. Les partisans d'un euro fort font cependant valoir leurs arguments, en premier lieu liés à la flambée des cours du pétrole. En effet, l'euro fort présente l'avantage de diminuer le coût réel des importations. Selon des chiffres rapportés par Les Echos, la facture énergétique de la France s'est allégée de 9% entre juillet 2006 et juillet 2007, tandis que l'euro s'appréciait de 10%. A noter que dans l'Hexagone, le pourcentage des exportations hors de la zone euro est passé de 46,7% en 2001 à 52,7% en 2004. On constate donc un amortissement du prix des matières premières importées.

De plus, les investissements en zone dollar sont rendus plus attractifs. Des inconvénients se font malgré tout sentir, parmi lesquels le risque d'un ralentissement des exportations dans la zone dollar et à l'intérieur de celles dont les monnaies sont sous-évaluées. L'industrie allemande a pris le parti, depuis plusieurs années, de jouer la carte de l'innovation et d'une politique puissante en matière de R&D afin de contre-carrer cet effet. Par ailleurs, l'euro fort peut avoir pour conséquence néfaste d'inciter aux délocalisations, les entreprises les moins compétitives souhaitant s'implanter dans des zones moins coûteuses.

Plusieurs facteurs contribuent à la baisse du dollar face à l'euro: des taux d'intérêt plus faibles, une poussée inflationniste, une fuite des capitaux, un déficit commercial, et une crise de confiance dans le pays. Les entreprises françaises gèrent les risques de change de façon différente en fonction du secteur dans lequel elles évoluent. À titre d'exemple, Vivendi réalise les deux tiers de son chiffre d'affaires en euros. LVMH, quant à elle, compte parmi ses principaux marchés les Etats-Unis (26%) et le Japon (13%).

LIEN Comment redresser le blason de l'euro ?

13.05.2007

Comment redorer le blason de l'euro?

medium_actualite.2.jpg38% des Européens jugeaient, en 2006, la monnaie unique "globalement désavantageuse", contre 59% qui la jugeaient "globalement avantageuse" en septembre 2002, selon l'enquête Eurobaromètre commandée annuellement par la Commission européenne et effectuée à l'intérieur de la zone euro. Selon le Pèlerin, 52% des Français estimaient en novembre dernier que l'€uro est une "mauvaise chose". Il y a quelques années, une enseigne de prêt-à-porter connaissait même un succès sans précédent en proposant à ses clients de payer en francs, alors que le passage à l'euro était achevé! Par ailleurs, depuis le passage à la monnaie unique, le divorce se prolonge entre l'inflation mesurée par l'Insee et l'évolution des prix telle que perçue par les consommateurs. Depuis l'instauration de l'euro le 1er janvier 1999, les monnaies nationales des douze pays de la zone euro, rejoints en 2007 par la Slovénie, n'existent plus. Les pièces et billets n'ont été disponibles que le 1er janvier 2002, les marchés financiers intégrant pour leur part la nouvelle monnaie dès son entrée en vigueur. La valeur de l'euro a été fixée le 31 décembre 1998 sur la base du cours constaté pour l'écu (unité de compte adoptée par les pays membre du système monétaire européen) avec la convention d'un euro pour un écu. Le franc a cessé d'avoir cours légal le 17 février 2002. L'euro se veut être une réponse à la mondialisation des marchés financiers, sa zone de couverture comprenant 300 millions d'habitants. La nouvelle monnaie compte concurrencer le dollar, quitte à le dépasser en terme de cours.

Selon l'Eurobaromètre pour l'année 2006, 93% des Européens estiment que l'euro a poussé les prix à la hausse. Cette différence entre le taux d'inflation officiel et celui perçu par les consommateurs est notamment liée au fait que les indices de prix ne tiennent pas seulement compte des achats de la vie quotidienne, comme l'alimentation par exemple, mais aussi de biens de longue durée, dont les prix sont globalement à la baisse, comme la micro-informatique. Le prix de certains biens coûteux, tels que les voitures, ont quant à eux augmenté moins vite que la moyenne. En 2005, dans la foulée des référendums français et néerlandais sur le projet de traîté instituant une Constitution européenne, deux ministres du gouvernement Berlusconi, en Italie, ont remis en cause l'euro en exprimant leur défiance envers celui-ci. Les critères d'entrée dans la zone euro se veulent stricts: l'inflation des pays candidats ne doit pas dépasser une valeur de référence définie comme le taux moyen d'inflation des trois pays les moins inflationnistes de l'Union européenne augmenté de 1,5 point. Le taux d'intérêt à long terme du pays candidat doit pour sa part ne pas dépasser le taux moyen des trois mêmes pays les moins inflationnistes, augmenté de deux points. Quant aux finances publiques, elles doivent être stables: le déficit public ne doit pas excéder 3% du PIB. D'autres critères rentrent aussi en ligne de compte, comme l'indépendance de la banque centrale de l'État candidat.

Le dernier rapport de la BCE indique que l'euro progresse de façon sensible comme monnaie de facturation et de règlement des produits et des services qu'exportent les pays de la zone euro vers ceux qui ne l'ont pas intégré. De plus, les crises de change ont disparu avec l'introduction de l'euro, ce qui constitue un argument de poids pour les défenseurs de la monnaie unique.Dans l'Hexagone, le pourcentage des exportations hors de la zone euro est passé de 46,7% en 2001 à 52,7% en 2004. Cependant, la question d'une politique commune de change n'est pas réglée: le Conseil des ministres doit, en théorie, formuler des orientations relatives au sujet, mais la BCE est indépendante, ce qui complique la tâche. Les Etats-Unis sont officiellement pour leur part des aficionados du benign neglect, la négligeance insouciante, mais n'hésitent pas à intervenir afin de protéger leurs intérêts. La problématique posée par l'euro fort est, elle aussi, incontournable: non seulement une hausse trop forte de la monnaie unique pourrait avoir des effets négatifs sur la compétitivité-prix des exportations de la zone euro, mais il faudrait aussi que les capitaux ne se désinteressent pas tout à coup du dollar, au vu des intérêts américains. Pour relancer l'indice de la popularité de l'euro, un ensemble de faits concrets perceptibles par les citoyens semble être la seule solution, tout comme la mise à disposition de chacun d'un solide argumentaire.